Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 2 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 3

— Pardon ? Non, non, ça va, répondit Miller en s’efforçant de lire ses cartes.

— Vous êtes sûr ? On dirait que vous êtes malade.

— Il fait trop chaud, ici. Ils ont remonté le thermostat. Il faudrait ouvrir une fenêtre.

— Pour qu’on attrape tous une pneumonie ? lança Iris Glickman à la droite de Miller. Elle avouait soixante-sept ans. Il fait glacial, dehors. Enlevez votre veste, si vous avez trop chaud.

Mais Miller avait déjà desserré sa cravate. Il ne pouvait tout de même pas jouer en bras de chemise.

— Vous devriez peut-être rentrer chez vous, remarqua Harvey Ginsberg, à sa gauche. Vous êtes affreusement pâle.

Miller épongea son front en sueur avec son mouchoir ; il avait mal au cœur.

— Mais qui fera le quatrième ? Je vais tout gâcher si je m’en vais.

— On s’en tamponne, fit Harvey.

Comme toujours, Iris pinça les lèvres, prétendant être choquée par la vulgarité de Harvey. Miller sentait ses tempes battre.

— Vous n’allez pas me traiter de lâcheur ?

— Frank, je vais surtout vous traiter d’andouille si vous ne rentrez pas chez vous alors que vous n’êtes pas bien.

— Vous êtes véritablement des amis, dit Miller dans un sourire.

— Je vous appelle demain pour m’assurer que vous allez mieux, dit Harvey.

3

Dès qu’il franchit le seuil, Miller sentit un vent glacé lui fouetter le visage. La neige tourbillonnait tandis qu’engoncé dans son manteau il se hâtait vers le parking d’en face. En tout cas, il ne se sentait plus malade. La bourrasque le ravivait si bien qu’il était maintenant certain que son malaise avait été causé par la chaleur excessive de la pièce. Il se souvint avec plaisir des hivers de son enfance. Les toboggans, les courses en patins à glace. J’ai encore l’esprit alerte, songea-t-il. C’est ce fichu corps qui fait des siennes.

La rue était déserte ; la neige qui tombait faisait un linceul aux lampadaires du parking. Il arriva à sa voiture – une Audi, un cadeau de son fils –, tourna la clef dans la serrure et entendit une voix derrière lui.