Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 23 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 7

— L’eau n’est pas un problème, remarqua-t-elle.

— Mais la nourriture, si.

— Exact. Il y a assez pour moi mais pas suffisamment pour que tu retrouves tes forces. Comment allons-nous faire dans le désert ?

— J’ai une idée.

7

À l’aube elle attendit, immobile, avec son couteau. Quand le lézard quitta son rocher, elle le tua, le dépiauta et le coupa en lamelles. Finalement, le lézard servait à quelque chose. Les lamelles de chair, étendues devant la caverne, séchaient au soleil. Bientôt Arlene les apporta à Drew. Il les mâcha jusqu’à ce que cela fît comme une bouillie et ne pût le rendre malade.

— Je détestais cet animal, fit-il.

— Et maintenant ?

— Je suis désolé qu’il soit mort pour moi. C’est une partie de moi-même. Je l’aime.

8

Ils partirent à la nuit. Il avait recouvré suffisamment de forces pour marcher, à condition de s’appuyer sur Arlene. S’orientant d’après les étoiles, ils marchèrent dans le désert. Il tremblait contre elle. Arlene avait passé son bras autour de Drew et le sentait transpirer. Mais tant qu’il transpirait elle n’avait pas à s’inquiéter. Cela voulait dire qu’il avait le plein d’humidité.

Ils se reposaient souvent, mangeant ce qui restait de nourriture, essayant de ne pas s’endormir. À l’aube, ils arrivèrent à une sorte de défilé entre des collines basses. Elle soupira de détresse. Ils n’étaient pas loin de l’endroit où sa voiture avait rendu l’âme, à mi-chemin entre la caverne de Drew et le village. Ils n’avaient pas avancé d’un assez bon pas. Dans deux heures, la chaleur serait si intense qu’il leur faudrait s’arrêter et tendre la toile. Ils ne pourraient reprendre leur route qu’à la tombée de la nuit. Ils n’atteindraient le village que le lendemain matin au plus tôt, à condition de maintenir leur allure toute la nuit. Mais maintenant qu’ils n’avaient plus rien à manger, les forces de Drew diminueraient rapidement.

Ils n’arriveraient pas au village au matin, ils devraient s’arrêter et se reposer jusqu’au jour suivant, et Drew serait alors si affaibli qu’elle ne pourrait pas le conduire jusque-là.

Il faudra peut-être que je le laisse, songea-t-elle. Pour aller chercher de l’aide.

Mais s’il se remet à délirer et s’en va n’importe où ? Et si je n’arrive pas à le retrouver ?

Une balle claqua sur un rocher à sa droite. Un éclat de pierre lui entailla le dos de la main. Juste après on entendit la détonation dont l’écho emplit le défilé. Sans se préoccuper du sang qui coulait de sa main, elle plongea avec Drew derrière le rocher.

Dans le même instant, elle sortit son pistolet. Tandis que ses yeux scrutaient alentour à la recherche d’une cible, elle tressaillit sous l’impact d’une deuxième balle qui fit éclater la roche derrière elle.

Elle comprit avec horreur que cette deuxième balle venait de la gauche, de l’autre côté du défilé. Ils étaient pris dans un feu croisé.

— Laisse-moi là, fit Drew faiblement.

— Non.

— Écoute, souffla-t-il péniblement. Tu ne peux à la fois te battre et t’occuper de moi. On sera tués tous les deux à cause de moi.

— J’ai dit non.

Presque au même moment, deux balles se heurtèrent à la roche, une par-derrière, une par-devant – si proches que ses oreilles tintèrent.

— Ils ont de meilleurs arguments que toi, fit Drew.

— Je n’ai pas fait tout ce chemin pour qu’on se sépare maintenant, fit-elle en observant les pentes l’une après l’autre.

— Écoute-moi.

Elle découvrit avec horreur que du sang s’échappait du genou de Drew. Il s’était blessé en se jetant contre les pierres.

— Nos petits copains, là-haut, auraient pu nous tuer avant qu’on ait pu dire ouf, fit-il. Alors ou ils tirent comme des pieds ou ils font exprès de rater.

— Et alors ?

Venant de la gauche, une balle envoya des éclats sur les chaussures d’Arlene. De la pente opposée, une autre balle rebondit contre le rocher.

— Ils ont autre chose en tête, fit Drew. Ne leur laisse pas l’occasion de nous coincer ici. File. Cours-leur après. Tant qu’ils n’auront pas ce qu’ils veulent, ils ne nous tueront pas ; à moins d’y être contraints.