Le jeu des ombres
Chapitre 5
— Correct ? murmura Saul plein de dégoût.
En marge, des pattes de mouche à l’encre noire étaient gribouillées en hébreu – deux groupes.
— C’est l’écriture de mon père, fit Erika.
— C’est toi, l’expert en hébreu.
— Ce sont des citations. De Conrad, Au cœur des ténèbres, je crois. Le premier groupe dit : « L’horreur, l’horreur. »
— Et le second ?
Elle hésita.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Elle ne répondit pas.
— Tu n’arrives pas à traduire ?
— Si, si.
— Alors ?
— C’est aussi un extrait de Au cœur des ténèbres… « Exterminez les brutes. »
5
Après une heure de recherches, ils étaient aussi désemparés qu’au début. Dans la pièce assombrie, Saul n’en put supporter davantage. Il devait sortir.
Erika referma une boîte de documents.
— Comment mon père a-t-il pu revenir sans cesse pour accrocher ces photos au mur et remuer ces archives ? Ça a dû être terriblement éprouvant.
— Il n’y a encore aucune preuve qu’il se soit suicidé.
— Ni du contraire, ajouta-t-elle tristement.
Ils éteignirent la lampe et remontèrent par l’escalier. Dans le noir, Saul se rappela soudain quelque chose. Il saisit Erika par l’épaule.
— Il y a un endroit où on n’a pas regardé, fit-il en la guidant à nouveau en bas.
— Qu’est-ce que… ?
— Misha n’a pas voulu nous dire ce que nous allions trouver en bas. Il ne voulait pas que nous ayons d’idées préconçues. Mais sans le vouloir, il nous a dit quelque chose à propos de cette pièce. Pendant la guerre, le médecin y a caché ses patients les plus malades. Et aussi leurs fiches.