Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 28 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 2

Il le saurait bientôt. Le soleil avait maintenant disparu derrière la colline. Le crépuscule allait laisser place à la nuit, et la nuit était son amie.

2

Les lampes étaient allumées à l’intérieur. Deux spots s’éclairèrent devant la maison et sur le flanc. Une fois encore, Iceberg était perplexe. Si la maison était équipée d’un système de sécurité adéquat, l’extérieur devait être mieux éclairé. À moins que le manque de lumière ne soit conçu pour tromper et faire croire que la demeure était mal protégée.

Tout ça, c’était blanc bonnet, bonnet blanc. Il se releva et s’apprêta à franchir la barrière. Mais il se figea quand il vit des phares briller sur la colline. Un moteur de voiture ronfla. Les phares descendirent le chemin de graviers en direction de la route et disparurent dans la nuit. Bientôt, on n’entendit plus que le chant des criquets.

Mais il y avait deux voitures garées devant la maison. Ce qui éliminait le moindre doute : la propriété était bel et bien occupée. Il grimpa par-dessus la barrière et retomba sur la pelouse pour s’agenouiller, immobile, en quête d’une quelconque menace.

Il attendit cinq minutes avant de progresser, interrompant périodiquement sa prudente ascension pour scruter la nuit. Une demi-heure plus tard, il atteignit le bord du court de tennis, cent mètres plus loin. Prenant garde de ne pas déclencher d’alarme, il se faufila jusqu’à une piscine dont l’eau calme se reflétait sur la demeure. Tout près, un petit bâtiment semblait être les vestiaires. Il plongea derrière, tournant son regard vers la droite sur le garage à cinq places dont toutes les portes étaient fermées. Il changea de position et regarda à gauche la voiture, une Cadillac foncée, devant la maison. Puis il étudia la maison proprement dite.

Elle était pointue avec des cheminées et des pignons. D’un côté, une terrasse dallée menait à des portes-fenêtres closes ; au-delà des lampes éclairaient une pièce dont les murs s’ornaient de tableaux et de livres. Il sentit la tension monter quand un homme passa devant les portes-fenêtres. Il était bien bâti, d’âge moyen, en jogging bleu – et semblait seul.

Iceberg étudia les fenêtres des autres pièces. La plupart dans le noir. Les rares pièces éclairées paraissaient inoccupées. N’apercevant pas de garde, il fonça depuis l’arrière des vestiaires jusqu’à une balustrade en béton qui longeait la terrasse ; dissimulé, il étudia les alentours. Il s’aperçut tout de suite que la terrasse, qui courait probablement tout autour de la maison, possédait le seul système d’alarme nécessaire. Aucun intrus ne pouvait pénétrer dans la maison sans marcher sur les dalles, mais elles n’étaient pas cimentées. La lumière qui venait des portes-fenêtres montrait qu’elles étaient réunies par du sable, dont les grains se répandaient sur la terrasse. Mais pourquoi le propriétaire d’une maison d’un million de dollars ferait-il des économies sur un détail aussi mineur ? Pourquoi cette négligence comparée au parfait état du reste de la propriété ? La réponse allait de soi. Parce que chaque dalle, indépendante, reposait sur un détecteur de pression. Dès l’instant où un intrus posait le pied sur l’une quelconque des dalles, cela déclenchait l’alarme.

Il jeta un œil à droite et à gauche, espérant trouver un arbre dont les branches lui permettraient l’accès à une fenêtre de l’étage. N’en voyant pas, il décida de chercher une cabane à outils où on aurait peut-être rangé une échelle. Appuyant l’échelle sur la balustrade, il poserait l’autre bout sur le rebord d’une fenêtre non éclairée et cela ferait une espèce de pont pour franchir les dalles.

Il commença à reculer avec précaution.

— Ainsi, vous avez deviné, fit une voix.

Iceberg pivota sur lui-même.

— Pour la terrasse.

La voix était plate, ténue, sans trace d’émotion. Elle venait de sa gauche, d’une vitre ouverte de la Cadillac.

— J’espérais bien que vous devineriez. J’aurais été déçu que vous ne soyez pas à la hauteur de votre réputation.

Iceberg se prépara à courir.

— Je ne suis pas votre ennemi, fit le passager de la Cadillac dont la porte s’ouvrit sur un homme grand et dégingandé. Vous voyez. Je suis prêt à me montrer. Je ne vous veux aucun mal.

L’homme sortit en pleine lumière sous le spot devant la maison. Il écarta les bras de son costume gris. Il avait le visage étroit, le nez et les lèvres minces, et des sourcils à peine visibles. Ses cheveux roux offraient un violent contraste avec sa peau blanche.