Le jeu des ombres
Chapitre 5
— Tant de risques. La marchandise m’affole. Les clients m’affolent. J’en ai mal au ventre.
— Prenez de la magnésie. Cela dit, vous avez raison pour les clients. Une bande qui veut pour cent millions de dollars d’armes au marché noir en affolerait plus d’un. À propos, cessez de m’appeler. Je ne traiterai plus jamais avec vous. Vous troublez ma tranquillité d’esprit.
5
Rosenberg reposa le combiné et contempla ses mains qui tremblaient. Il n’avait jamais cru au destin, mais il commençait à se demander si quelque chose qui lui ressemblait fort n’était pas en train de le prendre en charge. Jamais il ne s’était senti aussi impuissant, et il s’aperçut qu’il saisissait mentalement la seule chance de salut qui lui restait – Seth et Iceberg, leur poursuite de Nuit et Brouillard.
Pendant moins de cinq secondes, il se sentit requinqué. Sur le point de descendre l’escalier qui menait à son bureau secret, il s’arrêta soudain, pressant si fort la poignée de la porte qu’il sentit le dessin gravé s’imprimer sur sa paume. Si Nuit et Brouillard en savait assez sur son passé pour utiliser une tête de mort dans le but de le terroriser, s’ils en savaient assez sur son présent pour peindre ce symbole pas seulement sur son lit mais sur celui du garde du corps qui baisait sa femme, n’était-il pas également possible qu’ils fussent au courant des autres secrets de sa vie ?
Comme ce bureau ?
Tremblant des pieds à la tête, il s’aperçut qu’il s’était tellement dépêché qu’il n’avait même pas vérifié que son téléphone n’était pas sur écoutes avant d’appeler son contact à Rio. En essayant d’empêcher Nuit et Brouillard d’être au courant de la cargaison, ne leur avait-il pas permis par inadvertance de tout découvrir ? Furieux après lui, il claqua la porte et la ferma à clef, puis dévala les escaliers.
6
Une vitre absorbe les vibrations provoquées par une voix.
De l’autre côté de la rue, en face du bureau de Rosenberg, un ventilateur était placé devant la fenêtre ouverte d’une chambre d’hôtel au deuxième étage. Ce ventilateur était en réalité un transmetteur de micro-ondes qui réfléchissait les ondes transmises par la fenêtre de Rosenberg et recevait en même temps les vibrations émises par la conversation de Rosenberg. Un décodeur traduisait les ondes en mots et les relayait à un magnétophone. Le soir, la bande était ramassée.