Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 96 sur 148

Pages du PDF

Le jeu des ombres

Chapitre 7

Le cargo Méduse avait un enregistrement aussi inextricable que le nœud de vipères que son nom évoquait. Son propriétaire visible était Transoceanic Enterprises, une société bolivienne. Mais en examinant de plus près les documents de constitution de la société, on découvrait que Transoceanic Enterprises, dont le siège social était une simple boîte postale, appartenait à Atlantic Shipping, une société libérienne, et que trouver les bureaux de cette société au Liberia était aussi difficile que de trouver le continent du même nom.

Cette société, quant à elle, appartenait aux Transports méditerranéens, groupe suisse détenu par un groupe mexicain lui-même détenu par un groupe canadien. La plupart des administrateurs n’existaient même pas. Et ceux qui existaient étaient payés pour le seul service de permettre qu’on appose leur signature sur des documents officiels. Parmi cette poignée d’administrateurs, il y avait Aaron Rosenberg, de Mexico City Imports ; il y avait également Richard Halloway, d’Ontario Shipping.

Le Méduse croisait régulièrement dans l’Atlantique, transportant des textiles, de l’outillage, et des vivres depuis la Grèce, l’Italie, la France, l’Espagne, l’Angleterre, le Canada, le Mexique et le Brésil. Mais le profit de ces expéditions était minime, et si un autre chargement n’était pas dissimulé souvent sous les textiles, l’outillage et les vivres, ni Aaron Rosenberg ni Richard Halloway n’auraient réussi à maintenir un train de vie aussi luxueux.

Ce chargement était à bord du Méduse tandis qu’il s’acheminait vers son rendez-vous avec un cargo dont l’enregistrement lui aussi était un vrai sac de nœuds et dont le propriétaire possédait un opulent domaine sur la côte libyenne. Demain soir, au large des côtes d’Afrique du Nord, les caisses seraient transférées. Le Méduse poursuivrait sa route en direction de Naples pour livrer du café brésilien. Sa ligne de flottaison serait plus haute maintenant qu’il n’aurait plus le plastic, les grenades à fragmentation, les mines anti-personnel, les pistolets automatiques, les fusils d’assaut, les mitrailleuses, les lance-roquettes portables et les missiles détecteurs de chaleur.

En temps normal, ces armes auraient quitté en contrebande la Belgique, principal fournisseur européen d’armes au marché noir, pour être transportées sous divers déguisements jusqu’à Marseille. Là, le Méduse aurait ramassé des « fournitures médicales » et les aurait distribuées aux divers groupes terroristes le long des côtes sud de l’Europe.