Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 135 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 11

— Il n’arrête pas de bouger. Ses messages venaient de pays différents. D’abord les États-Unis, puis le Canada.

— Vous avez bien dit le Canada ?

— C’est important ?

— Où, au Canada ? demanda Saul. Quelle ville ?

— Toronto.

— J’en étais sûr !

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Misha. Vous avez une idée de ce qui aurait attiré Joseph dans ce coin ?

— Le fils d’un des nazis habite tout près. Le père était le Peintre, l’aide du commandant de Maidanek. Le fils s’appelle Halloway.

Ce nom fit à Misha l’effet d’un coup. Il voulait dire à Saul qu’Halloway était un des trafiquants d’armes que Joseph avait révélés dans son message. Mais il n’osait pas mentionner l’opération Récupération avant qu’elle ne soit achevée. Une fois son équipe de retour saine et sauve, il lâcherait l’information qui ferait croire aux Libyens qu’Halloway était impliqué dans la mission, puis il serait libre – mais seulement à certaines conditions – de parler à Saul.

— Il faut que je raccroche, dit Misha. Je vous rappellerai demain midi. C’est important. Ne faites rien dans l’intervalle. Attendez mon coup de fil. J’ai des informations pour vous.

Misha raccrocha.

11

La tonalité. Désemparé, Saul reposa le combiné et regarda le modeste salon de cette maison sûre, une ferme aux abords de Rome. On l’avait convertie en unité médicale d’urgence. La peau transparente, Iceberg était allongé sur un lit pliant, une aiguille fichée dans son bras diffusant du plasma depuis le flacon qui pendait au-dessus de lui. Le même médecin qui s’était occupé du Père Dusseault avait désinfecté la blessure de son bras gauche et le recousait. Il fit un pansement et mit un bandage.

— Reste le plus dur, dit le médecin en regardant les cadrans du moniteur portable. Il fait de l’arythmie cardiaque. Son pouls est faible. Sa respiration… Continuez à lui donner de l’oxygène, dit-il à son assistant.

— Vous croyez qu’il peut mourir ? demanda Saul.

— Avec deux blessures par balles, il a essayé de battre le record du cent mètres. Chaque geste lui pompait davantage de sang. C’est un miracle s’il survit. Sans compter qu’il doit encore subir le choc de ma recherche de la balle dans l’autre bras.

— Il ne faut pas qu’il meure !

— Nous mourons tous.

— Mais j’ai besoin de renseignements !

— Alors c’est le moment de les obtenir. Avant que je l’endorme. Dans quinze minutes, s’il vit encore, il ne dira plus rien avant demain soir.

Sentant la présence du médecin et de ses deux assistants, de Gallagher qui allait de l’un à l’autre, de Drew qui se tenait mal à l’aise dans l’encadrement de la porte derrière laquelle Arlene veillait sur Erika et le Père Dusseault, Saul se pencha sur Iceberg. Il essuya le front d’Iceberg dont le visage était déformé par la douleur.

— Vous m’entendez ?

Iceberg acquiesça faiblement.

— Ils disent que vous allez peut-être mourir. Mais si vous vous en tirez, je vous promets qu’ils vous laisseront partir dès que vous irez mieux.

— Sacré nom, ça n’est pas à vous de faire une telle promesse, s’écria Gallagher.

Saul se tourna brusquement vers Gallagher.

— Je promettrai n’importe quoi si ça me donne les réponses que je veux. Dès le début je vous ai dit que c'était une affaire personnelle. Mais il ne s’agit plus uniquement du père de ma femme. Il s’agit aussi de ma femme. Quand elle apprendra ce que trame son père, elle ne me pardonnera jamais si je ne fais pas l’impossible pour l’arrêter. Alors, essayez de m’arrêter et je…

— Qu’allez-vous me faire ? Et qu’est-ce que ça vous ferait à vous ? Est-ce une autre version de son père ?

Saul hésita, conscient de la vérité des propos de Gallagher. Mais son amour pour Erika le fit poursuivre.

— Non, ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas de la haine. C’est de l’amour.

— C’est sans doute ce qui complique les choses.