Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 83 sur 148

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Le jeu des ombres

Étrange Association

 

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Zurich. Dans son ancien métier, Drew avait souvent cherché refuge ici ; c’était une de ses villes préférées. Mais par cette chaude matinée, marchant au côté d’Arlene le long du fleuve qui séparait la ville, c’est tout juste s’il remarquait les berges, les bateaux de plaisance ou ses jardins et ses palaces des corporations sur l’autre rive. Sa mémoire s’attardait plutôt sur les gardes morts de la villa aux abords de Rome et sur le corps torturé de Gatto ratatiné dans le salon près de sa piscine. Après avoir découvert ce massacre, la nuit précédente, Drew et Arlene avaient quitté Rome le plus vite possible pour Zurich. Ils s’éloignaient maintenant du trottoir longeant le fleuve et, sans un mot, longeaient une rue aux bâtisses imposantes, s’approchant de la Swiss Zurichsee Bank. C’était là que le Père Sébastien leur avait dit avoir ouvert un coffre-fort pour eux. Dans sa poche, Drew avait la clef – dans sa mémoire, le code « Mère de Dieu » – qui lui ouvrirait l’accès.

Quand ils arrivèrent devant l’entrée, les yeux verts d’Arlene se remplirent d’appréhension.

— Et si le code ne marche pas ? Ou la clef ? Et si le Père Sébastien n’avait pas prévu de nous aider comme il l’a dit ?

— Jusqu’ici il a tenu parole. Il nous a retrouvés dans les jardins du Vatican. Il nous a fourni des armes, des passeports, de l’argent et les recherches du Père Victor sur la disparition du cardinal Pavelic. C’est vrai qu’il y a quelque chose qui cloche sérieusement, mais je ne crois pas que ce soit la faute du Père Sébastien.

— Nous le saurons bien assez tôt.

Ils entrèrent dans la banque. Avec son sol de marbre, ses piliers massifs et son haut plafond voûté, elle faisait penser à une église. Les voix résonnaient comme celles de paroissiens répondant à la messe. Ils passèrent devant des gardes et des employés, des bureaux et des comptoirs, trouvèrent un panneau rédigé en allemand, en français, en italien et en anglais qui leur indiqua les coffres au sous-sol, et ils descendirent dans la crypte.

— Mère de Dieu, dit Drew en allemand à une femme à l’air sévère, gardienne du sanctuaire, et il lui montra le chiffre sur la clef.

Elle examina la liste des numéros et des codes, puis posa son regard dur sur Drew.

— C’est parfait, monsieur.

Drew réprima sa tension quand la femme l’escorta jusqu’à une chambre forte contenant des coffres et utilisa la clef de Drew, ainsi que la sienne, pour ouvrir la serrure métallique. Elle en tira une boîte de métal et, avec la révérence d’une prêtresse donnant les sacrements, la lui tendit.

Trois minutes plus tard, Arlene et lui étaient seuls derrière la porte close de l’habitacle. Drew ouvrit le couvercle et trouva deux pistolets, deux passeports et une enveloppe qui, comme l’avait promis le Père Sébastien, contenait de l’argent.

— Il a tenu sa promesse, fit Drew. C’est agréable de savoir qu’on peut se fier à un prêtre appartenant à la confrérie.

— Pour l’instant, dit Arlene.

Ils dissimulèrent leurs armes sous leur veste.

Avant de franchir les détecteurs de métal à l’aéroport de Rome, ils avaient loué une consigne automatique et y avaient caché les armes que le Père Sébastien leur avait remises plus tôt. Oppressé par le poids du pistolet contre sa colonne vertébrale, Drew empocha l’argent et les passeports puis sortit un stylo et un bout de papier, écrivant avec netteté : IMPÉRATIF VOUS RENCONTRER LE PLUS TÔT POSSIBLE. LAISSEZ INSTRUCTIONS LIEU ET HEURE. LE PÉNITENT.

Il plaça la note dans la boîte, referma le couvercle et ouvrit la porte de l’habitacle. La gardienne se mit au garde-à-vous comme si on allait lui confier une relique. La boîte en sécurité, la clef dans sa poche, Drew suivit Arlene hors de ce temple de l’argent. Il observa la rue animée et, ne trouvant aucun signe qu’ils étaient suivis, retourna avec Arlene en direction du fleuve.

— Il n’y a plus qu’à attendre, dit Drew. Nous reviendrons cet après-midi et demain matin et ça prendra le temps qu’il faudra. Peut-être un miracle se produira-t-il et ne serons-nous jamais contactés. Ce n’est pas notre combat. On nous y a conduits de force. Nous avons fait notre part. Maintenant, c’est au Père Sébastien d’agir, et s’il ne nous contacte pas, on ne pourra pas nous en vouloir. Je passerais volontiers ma vie à attendre ici avec toi.

— Mais tu sais bien que ça ne se passera pas comme ça, répondit-elle.