Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 16 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 4

— Dis-moi, vieux frère, pourquoi es-tu là ?

Misha leva sur elle des yeux empreints de tristesse.

— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle. Que se passe-t-il ?

— Erika, ton père a disparu.

4

Le calme des trois dernières années était détruit, désormais. La paix semblait irrémédiablement perdue. Les constantes de l’ancienne vie de Saul l’avaient remplacée – la tension, le soupçon, la méfiance. Il paraissait impossible d’y échapper. Même ici, le monde s’immisçait, et les attitudes qu’il avait désespérément tenté d’étouffer revenaient, plus fortes que jamais.

Au cours de cette nuit, tandis que Christopher dormait dans la maison voisine et que Misha s’était assoupi dans sa voiture, Saul et Erika étaient assis devant le feu qui éclairait leur maison en ruine.

— Si nous étions l’objectif, dit Saul, et je crois que ça ne fait aucun doute, nous devons nous attendre à ce que d’autres équipes viennent.

Erika ne cessait de taquiner le feu avec un bout de bois.

— Ce ne serait pas bien de mettre tout le village en danger par notre présence, poursuivit-il.

— Alors que faire ? Mettre une pancarte ? Ceux que vous cherchez n’habitent plus ici ?

Les flammes se reflétaient dans les yeux d’Erika.

— Ils trouveront que nous sommes partis tout comme ils ont trouvé que nous étions là.

— Mais pourquoi sont-ils venus ?

Saul secoua la tête.

— Trois ans, c’est long pour que le passé nous rattrape. Et mon accord avec la CIA précisait que si je me tenais tranquille ils feraient comme si je n’existais pas.

— C’est bien ce qu’on a fait, remarqua-t-elle amèrement, on s’est tenus tranquilles.

— C’est précisément pourquoi je pense que ça n’a rien à voir avec le passé.

— Bon, alors c’est qu’il y a une nouvelle raison pour qu’ils nous aient attaqués.

— Ça ne nous dit toujours pas laquelle.

— Tu crois que c’est une coïncidence ?

L’allusion était vague, mais il savait ce qu’elle voulait dire.

— La disparition de ton père ?

— Hier.

— Et aujourd’hui l’attaque ?

— Jamais deux sans trois, ça marche aussi pour les mauvaises nouvelles, dit-elle, mais…

— Je ne crois pas aux coïncidences. Il ne faut jamais nier l’évidence. Si un plan te saute aux yeux, regarde-le bien en face.

— Alors regardons-le bien en face, dit-elle.

— Tu sais ce que cela signifie.

Elle remua les braises avec plus de force.

— C’est une nouvelle raison pour abandonner notre maison. Enfin, ce qu’il en reste.

Saul pensait aux canaux d’irrigation sur lesquels il avait travaillé pendant trois ans.

— Ça me met hors de moi.

— Parfait. Ça ne valait pas le coup de l’avoir si on pouvait l’abandonner facilement.

— Et on n’a aucune chance contre nos assaillants si on les poursuit dans l’indifférence.

— Je ne suis pas indifférente vis-à-vis de mon père. L’un des sacrifices de vivre ici était de ne pas le voir.

Le feu crépita. Erika se leva brusquement.

— On ferait mieux de se préparer. Nos ennemis nous ont rendu service sans le vouloir. On peut littéralement emporter avec nous tout ce qu’ils ont laissé.

— Pour trouver ce qui est arrivé à ton père.

— Et rendre la monnaie de la pièce à ceux qui nous ont obligés à quitter notre maison.

— Cela fait trois ans, hésita Saul. Nonobstant les compliments de Misha, tu crois qu’on est encore assez bons ?

— Assez bons ? Eh, ça fait trois ans que je me repose ! Ceux qui ont pris mon père vont salement regretter de s’être mêlés de nos affaires quand ils vont voir à quel point on est bons.

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