Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 80 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 7

Le mur à l’extrémité du plateau.

La porte. Si sa mémoire ne lui jouait pas de mauvais tour, la porte devait être contre ce mur. Mais par où ? À droite ou à gauche ? Sa survie dépendait d’une décision immédiate. Complètement désorienté, il choisit la gauche.

Et il faillit dépasser la porte avant de comprendre ce que c’était. L’excitation l’emportait sur l’épuisement. Complètement abruti, il frappa contre la porte, grattant avec ses ongles.

— Erika, c’est Saul. Pour l’amour du ciel, Erika.

La neige faisait un manteau blanc. Elle le recouvrait. Il s’écroula, trébuchant en avant tandis que la porte s’ouvrait brusquement.

Il atterrit brutalement sur le sol de pierre.

Et il entendit Erika crier.

7

Sa première impression fut que le visage horrifié d’Erika vacillant au-dessus de lui n’était qu’une autre vision de son visage qui, tel un phare, l’avait attiré hors de la tempête. Mais une faible part de lui-même, encore consciente, lui fait comprendre qu’il avait atteint la grotte et qu’on l’avait laissé entrer.

Sa deuxième impression fut celle d’une lumière qui sifflait dans le lointain. Une lanterne au naphta. Son rougeoiement quasi miraculeux dévoilait des étagères de boîtes de conserve et de bouteilles d’eau, une boîte de plastique blanc avec une croix rouge dessinée dessus, des manteaux, des chemises, des pantalons, un émetteur-récepteur.

La troisième impression, et la plus importante, fut celle de chaleur. Ça lui faisait mal. Il remua en grognant tandis qu’Erika le tirait vers la lanterne. Il comprit qu’à côté de la lampe il y avait un poêle au kérosène, qu’un conduit dans le plafond ventilait les gaz du poêle. Il se ratatinait sous les picotements que provoquait la chaleur sur son corps.

L’étreinte d’Erika était insupportable. Il essaya de protester mais n’avait aucune force.

La Suissesse referma violemment la porte de la grotte, laissant dehors le vent et la neige. Elle courut toucher le front de Saul.

— Sa température est descendue trop bas. Son corps ne peut pas se réchauffer.

Saul comprit. Le centre de chaleur de son corps était comme un fourneau. Si le fourneau cessait de fonctionner, la chaleur extérieure n’était d’aucun secours. La chaleur devait venir de l’intérieur. Il fallait faire refonctionner le fourneau.

— Il va mourir si…

— Des couvertures, suggéra Erika.

— Ça ne suffira pas.

— On va faire du chocolat chaud.

La femme hocha la tête.

— Ça ne suffira pas non plus. Et d’ailleurs il n’a pas assez de forces pour l’avaler.

— Mais alors quoi ? Comment puis-je sauver mon mari ?

— La chaleur de votre corps.

— Quoi ? Je ne comprends pas !

— Utilisez la chaleur de votre corps ! Sauvez-le !

Erika comprit enfin. Elle arracha les vêtements trempés de Saul. Il trembla, serrant ses bras sur sa poitrine. Elle s’empara d’un sac de couchage sur une étagère, le déroula près de lui, et ouvrit la fermeture Éclair. Elle l’allongea dessus puis le referma.

Le sac de couchage était doux et épais.

Mais froid.

— Si froid, murmura-t-il.

Sous le vacillement de la lampe, il vit Erika ôter ses vêtements. Elle jeta tout – veste, chemisier, pantalon, chaussures, chaussettes, soutien-gorge, petite culotte – dans un coin et se précipita avec lui dans le duvet.

Elle se serra contre lui, l’entoura de ses bras et pressa contre lui sa poitrine, son ventre et ses cuisses. Le sac de couchage était un peu petit pour eux deux. Son étreinte lui faisait mal, mais il sentait la plume du duvet conserver la chaleur d’Erika. La chaleur qui émanait d’Erika l’enveloppait. Elle mit un genou entre ses jambes, sa cuisse entre les siennes. Elle embrassa ses joues, son cou, ses épaules. Elle soufflait profondément, régulièrement, contre sa poitrine, faisant tout pour l’étouffer de chaleur.

C’était l’étreinte la plus intime qu’il eût jamais connue. Ce désir fou d’envelopper sa peau de la sienne, de lui donner sa chaleur, de mêler son corps au sien, était une union plus complète que tout ce qu’il avait pu imaginer. Leurs corps devenaient l’organe le plus sensible, faisant tout un chacun de leurs sens. Saul n’avait pas idée du temps qu’elle se serra contre lui, peau contre peau, âme contre âme, mais il sentait la chaleur s’infiltrer progressivement en lui, atteignant bientôt le centre de son corps. Quand les nerfs de sa colonne vertébrale frémirent de chaleur, il sut qu’il avait reconquis le pouvoir de créer sa propre chaleur.