Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 138 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 14

— Mais comment… ? demanda Erika qui se sentit défaillir et tenta de regagner le lit.

— Ça va ? fit Saul en se précipitant sur elle pour la soutenir.

Elle hocha la tête et reprit :

— Comment allons-nous arrêter mon père ?

— Toronto, dit Saul. Halloway habite tout près. C’est là qu’on a vu ton père pour la dernière fois. Te sens-tu suffisamment d’attaque pour voyager ?

— Je te dirai oui de toute façon. Pour mon père.

— Dis-moi vraiment.

— Oui, ça va. Prends deux billets pour le premier avion.

— Quatre, fit Drew.

Surprise, Erika leva les yeux sur lui.

Arlene, qui avait écouté sans mot dire, s’avança.

— Je suis d’accord avec Drew. Quatre. On vous accompagne.

— Mais ça n’est pas…

— Obligatoire ? C’est ce que vous alliez dire ?

— Ça n’est pas votre problème. J’ai l’air désagréable, mais ça n’est pas ce que je veux dire. Seulement, ça n’est pas votre père.

— Soit, dit Drew. Nous ne sommes pas obligés. Il n’empêche que nous partons avec vous.

— Vous ne me connaissez même pas.

— Ça viendra.

14

Joseph Bernstein était seul dans le salon de la maison-prison de Toronto. Il était assis dans l’obscurité, essayant de se détendre avant la tension du lendemain. Quelques minutes de calme.

J’ai soixante-dix ans, se dit-il. D’autres hommes âgés… mes compagnons… dorment au-dessus. D’autres encore, âgés eux aussi – mes ennemis –, sont nos prisonniers. Demain, après plus de quarante ans, j’accomplirai le vœu que j’ai fait étant jeune. Je vengerai ma famille. Je châtierai ces monstres comme ils m’ont châtié.

15

Le DC-10 d’Air Canada se posa peu après 2 heures de l’après-midi. Saul était encore à l’heure de Rome où le soleil se levait au lieu de briller en plein ciel. Il avait peu dormi la nuit précédente et se sentait épuisé. La trop longue immobilité lui donnait mal aux jambes.

Arlene et Drew étaient dans le même état. Mais Erika débordait d’énergie. Le souci qu’elle se faisait pour son père la fit prendre les rênes d’instinct dès qu’ils eurent franchi l’immigration et la douane. Elle trouva une agence de location de voitures et vingt minutes plus tard elle était au volant, emmenant tout le monde hors du complexe de l’aéroport qui se fondait sur la Nationale 401.

Il y avait beaucoup de circulation et la plupart des conducteurs ne faisaient aucun cas de la limite à 100 km/h. Mais Erika ne voulait pas d’ennuis avec la police et respecta les panneaux malgré son impatience. Le soleil était oppressant. Elle mit l’air conditionné de la limousine et se concentra sur la route, sans s’occuper de la beauté des champs qui la bordaient.

Saul lisait les indications des bretelles de sortie et, cinquante minutes plus tard, s’écria.

— Là. Prends ici.

Il se prit à regretter de n’avoir pu attendre l’appel de Misha Pletz à Rome. Misha avait insisté : il avait quelque chose d’important à lui dire, et Saul avait la certitude que cela concernait Halloway. Mais il avait fallu choisir entre attendre à Rome et prendre le premier avion pour Toronto. Et bien sûr, l’urgence l’avait emporté.

— Tourne ici, à gauche, dit Saul.

Erika roulait sur une route de campagne. Au bout de cinq kilomètres, Saul lui dit de tourner encore à gauche. Le paysage, fait de petites collines où les bois alternaient avec du blé et des pâturages, était baigné de soleil.

— Nous ne devons plus être loin, remarqua Saul.

La route de macadam obliqua. Il désigna un chemin de gravillons sur sa droite qui montait entre des arbres jusqu’à une pelouse en pente que dominait une grande demeure.

— Je crois que nous y sommes. Cela correspond à la description d’Iceberg. Il devrait y avoir… Oui, regardez, la silhouette d’un lévrier sur la boîte aux lettres au bord de la route.

— Presque tout le monde fait dessiner quelque chose sur sa boîte aux lettres, observa Drew, et ce sont souvent des chiens.