Le jeu des ombres
Chapitre 8
La conversation badine, c’était terminé.
8
Quatre-vingts kilomètres plus loin, ils arrivèrent à la bretelle de Kitchener. Au lieu d’entrer dans la ville, le chauffeur emprunta les petites routes pour s’enfoncer dans la campagne. Enfin, il prit un chemin goudronné en zigzag qui conduisait à une demeure bâtie sur un promontoire dominant un fleuve.
Kessler stoppa le break et observa le domaine – autour de collines boisées, un terrain de golf de neuf trous, un court de tennis, une antenne de télévision à satellite, une piscine. Il dirigea son regard vers le garage conçu pour cinq voitures, puis vers la maison. Avec ses lucarnes, ses tours et ses pignons, elle semblait appartenir davantage à la Nouvelle-Angleterre qu’à l’Ontario.
— M. Halloway sait vivre, fit le chauffeur. Évidemment, il doit tout cela à…
La porte à double battant de la demeure s’ouvrit. Un homme souple de taille moyenne apparut. Il portait un jogging qui lui allait à la perfection et des chaussures de marche fort chères. Il avait la quarantaine, d’épais cheveux noirs ondulés et il respirait la santé.
— Merci, John. Vous avez quartier libre pour le reste de la journée. Si cela vous dit, essayez le nouveau matériel de la salle de gym. Prenez donc un bain de vapeur. Servez-vous à boire. Soufflez un peu. Profitez-en.
— Merci beaucoup, monsieur Halloway.
Le chauffeur gara le break. Halloway descendit les marches de granit et tendit la main.
— Joe ? Ou bien serait-ce… ?
— Joseph, fit Kessler en lui serrant la main.
— Voici bien longtemps que nous aurions dû nous rencontrer. Nous avons tant de choses en commun et il a fallu attendre un malheur pour nous rapprocher.
— Je n’appellerais pas cela un malheur.
— Quoi donc alors ?
— Une putain de folie.