Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 3 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 4

Fronçant les sourcils, il se retourna. La voix était étouffée par les cris du vent. Une voix d’homme, se dit-il, mais il n’entendit plus rien et se demanda si ses oreilles ne lui avaient pas joué un mauvais tour.

Il haussa les épaules et posa la main sur la poignée de la portière. Mais il entendit à nouveau la voix derrière lui, plus proche, mais encore indistincte. On aurait dit un seul mot, un prénom, son prénom.

Une fois encore il se retourna.

— Il y a quelqu’un ?

Pas de réponse.

Il ouvrit la porte de l’Audi.

Une main lui saisit l’épaule, l’empêchant de monter. Une autre main referma la portière. Une troisième main le fit pivoter avec une telle vigueur qu’il faillit perdre ses lunettes. Trois hommes. La neige estompait leurs visages.

— Je vous en prie. Je suis vieux. Prenez mon portefeuille. Mais ne me faites pas de mal.

— Votre portefeuille ? lança l’un d’eux en riant.

La neige diminuait. Quand il vit leurs visages et comprit ce qu’ils voulaient vraiment, il fut au désespoir.

4

Parfois, ce sont les bruits que nous n’entendons pas qui nous réveillent. C’est ce qui arriva à William Miller. Le silence du dehors le fit bouger dans son sommeil. Tel un père qui ne dort jamais complètement tant que son enfant adolescent n’est pas rentré alors qu’il est plus de minuit, il était mal à l’aise parce qu’il n’avait entendu aucune voiture dans le chemin, aucune porte de garage grincer. Mais ce n’était pas un père qui attendait son fils. Au contraire – un fils attendait son père. Il ouvrit les yeux et jeta un œil au réveil digital près de son lit.

2 h 38 du matin.

Prenant soin de ne pas réveiller sa femme, il se glissa hors du lit et regarda par la fenêtre. Au loin un lampadaire éclairait faiblement sous la neige. Les sapins étaient recouverts d’un manteau blanc.

Aucune trace de pneus ne sillonnait le tapis de neige.

— Que se passe-t-il, chéri ?

— Excuse-moi, dit-il en se tournant. J’ai essayé de ne pas faire de bruit.

— Moi non plus je ne peux pas dormir. Que regardes-tu ?

— C’est ce que je ne regarde pas qui m’inquiète.

Miller expliqua.

— Pas de trace de pneus ? fit sa femme en enfilant une robe de chambre. Il s’est peut-être mis à neiger après son retour.

— Oui… peut-être.

Il quitta la chambre, passa devant celles de ses enfants et entra dans la chambre de son père à l’autre bout du couloir. Ne voyant aucune forme sur le lit, il alluma la lumière. La pièce était vide.

Sa femme apparut à ses côtés.

— Bon, réfléchissons. Il ne faut peut-être pas s’affoler. S’il s’était endormi en bas devant la télévision ?

— Allons-y.

Mais ils ne trouvèrent personne.

— Des ennuis de voiture ?

— Il aurait téléphoné, remarqua Miller.

— Sauf s’il n’est pas seul.

— À une heure pareille ? Il rentre rarement après minuit.

— Tu n’as pas compris. Il a pu décider de rester toute la nuit.

— Avec une femme, tu veux dire ?

— Pourquoi pas ? dit-elle en souriant.

— N’empêche. Il aurait quand même téléphoné.

— Sauf s’il était gêné.

— Quoi ?

— Tu sais, ta mère est morte il y a un an et…

— Écoute, j’adorais ma mère et je suis triste qu’elle soit morte. Mais si les femmes l’intéressent encore à son âge, tant mieux.

— Mais il ne sait peut-être pas que tu penses comme ça. Tu as déjà parlé de ce genre de choses avec lui ?

— Avec mon père de soixante-treize ans ? Tu plaisantes ou quoi ? Il est près de trois heures, dit-il en consultant la pendule de la cuisine. S’il n’est pas là dans une demi-heure, j’appelle les flics.

Mais à trois heures et demie, son père n’était toujours pas là, et Miller appela la police. Aucun accident de voiture avec une Audi n’avait été enregistré. On n’avait admis aucun homme âgé dans un hôpital après minuit, et ceux arrivés plus tôt n’étaient pas son père. L’Audi fut retrouvée couverte de neige dans le parking juste en face du centre paroissial. Les clefs étaient tombées et quelqu’un les avait envoyées d’un coup de pied sous la voiture.