Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 111 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 15

Drew leva les yeux sur elle.

— On ne fait que s’enfoncer davantage.

— Dis-lui.

— D’accord, soupira Drew, passez votre coup de fil.

Saul saisit le combiné et composa un numéro. Une voix rauque répondit, répétant le numéro qu’avait composé Saul.

— Ici, Romulus. Dites à Gallagher que j’ai une source d’information plutôt réticente. J’ai besoin d’une équipe d’interrogation médicale. Tout de suite.

— Quelle adresse ? demanda la voix.

— Il sait où je suis.

Saul reposa le téléphone.

— Mais où est ma femme, bon Dieu ?

15

Une demi-heure plus tard, Saul entendit frapper à la porte. Il regarda par l’œil-de-bœuf, s’attendant à trouver l’homme au visage grêlé. Mais il eut la surprise de voir Gallagher en personne. Il avertit Drew et Arlene d’un geste. Ils prirent immédiatement leur valise pour s’enfermer dans la salle de bains. Puis, Saul ouvrit la porte.

Gallagher entra, les yeux bouffis à cause du manque de sommeil.

— Une source d’information plutôt réticente ?

Saul referma la porte à clef.

Gallagher continuait de parler.

— À strictement parler, je devrais être rentré en Autriche. Ceux de Zurich n’ont pas émis la moindre objection à ce que j’entre dans leur juridiction. Mais nos hommes à Rome aiment bien tenir leur boutique tout seuls. Si vous acceptiez d’être sous le contrôle d’un autre chef d’antenne…

— C’est vous qui avez voulu qu’on travaille ensemble. Alors on ne change rien, fit Saul. Il est hors de question que je prenne le risque d’en croire un autre.

— J’adore quand on m’aime. Alors, qu’est-ce que vous avez à me montrer ?

Saul le conduisit jusqu’à la chambre proprement dite.

Gallagher pâlit en découvrant ce qu’il y avait sur le lit.

— Nom de Dieu, c’est incroyable ! Vous avez enlevé un prêtre ! Comment je vais mettre ça sur mon rapport, bordel ? Et regardez-moi ce visage ! Vous lui avez passé dessus avec un rouleau compresseur ?

— Ça n’est pas un simple prêtre. C’est l’assistant personnel du cardinal de la curie.

Gallagher s’en retrouva bouche bée.

— On réglera les comptes, vous verrez ! À cause de vous ma vie est… !

— Avant de penser au chômage, jetez plutôt un coup d’œil à ceci.

Saul désigna la bague que Drew avait ôtée au Père Dusseault.

Gallagher l’étudia avec étonnement.

— Les détails commencent à coller. Vous avez déjà prouvé que les hommes qui avaient essayé de me tuer étaient financés par un bureau du Vatican. Son bureau, fit Saul en désignant le Père Dusseault. Son patron, c’est le cardinal disparu.

Saul leva le bras du prêtre et remonta la manche de son manteau, révélant l’étui à ressort. Il tendit à Gallagher le couteau que le prêtre avait utilisé.

— Comme vous pouvez le constater, c’est la panoplie de base d’un prêtre. Et il sait s’en servir, croyez-moi !

— Continuez. Vous finirez par me convaincre.

— Non seulement le réseau inconnu existe bien, mais en plus j’avais raison – il est composé de prêtres, dit Saul. Ils tiennent leur nom du rubis qui orne leur bague. La confrérie de la pierre.

Gallagher émit un petit rire.

— Romulus, vous êtes toujours aussi bon. Vous en avez appris un sacré bout.

— Mais pas suffisamment. Je l’ai dit à votre type au téléphone. Il me faut une équipe d’interrogation médicale.

— Ils ne sauront pas quelles questions poser.

— Moi, si. Je veux qu’on me prévienne dès qu’il sera en état. C’est moi qui poserai les questions. Il crachera tout ce qu’il sait.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? Il s’est passé quelque chose ? Votre voix…

— Ma femme a disparu.

— Quoi ?

— Elle était avec moi quand nous surveillions l’appartement du prêtre. Il a quitté le bâtiment. Nous l’avons suivi séparément pour éviter d’attirer l’attention.

Conscient de la présence de Drew et Arlene dans la salle de bains, il omit volontairement leur part dans le récit des événements.

— Une fois que j’ai eu mis la main sur lui, j’ai cherché Erika, poursuivit-il, la gorge serrée. Elle avait disparu. J’ai cherché partout. Personne. Si le prêtre a la moindre idée de la raison de sa disparition, il va falloir qu’il parle, nom de Dieu ! S’il lui est arrivé malheur, il y aura des morts !

Gallagher recula.

Le téléphone sonna. Saul se précipita.

— Erika ?

Saul ferma les yeux, essayant de contrôler sa déception. Il tendit le combiné à Gallagher.

— Oui, montez.

Gallagher reposa l’appareil et se tourna vers Saul.

— C’est l’équipe. Ils sont au bout de la rue. Je ne voulais pas qu’ils montent avant de savoir ce qui se passait.

— Vous voilà satisfait ?

— Calmez-vous. Je suis avec vous, ne l’oubliez pas.

— Vraiment ? Je vous préviens, Gallagher. Contentez-vous de dire à vos gars de me préparer le prêtre. Après, il est à moi.

— En d’autres circonstances, fit Gallagher en détournant le regard, je n’aurais pas accepté que vous me parliez sur ce ton. Mais je ne saurais vous le reprocher, fit-il avec plus de douceur. Essayez de dormir un peu. Et mangez donc quelque chose. Vous êtes en piteux état.

— Dormir ? Manger ? Bon sang, alors qu’Erika…

— Croyez-moi, Romulus. Vous ne pourrez rien pour elle si vous êtes au bout du rouleau.

Saul s’aperçut alors qu’il n’en pouvait plus. Il respira profondément.

— Vous avez raison… Pardonnez-moi.

— Pourquoi ? À votre place je remuerais ciel et terre. Vous pouvez compter sur moi. Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider.

Saul eut un sourire plein de gratitude.

Cinq minutes après, trois hommes entraient. L’un d’eux était mince et portait des lunettes. Il fit une moue en voyant le visage tuméfié du prêtre. Il vérifia les points vitaux de celui-ci puis se tourna vers Gallagher.

— On peut le déplacer sans problème.