Le jeu des ombres

David Morrell · Chapitre 19 sur 148

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Le jeu des ombres

Chapitre 3

Ça sentait le vinaigre, comme du dioxyde de carbone. Mais il y avait aussi une autre odeur – une odeur animale, musquée, qui lui fit penser que cette caverne avait récemment servi de tanière. Debout juste dans l’entrée, empêchant le soleil de pénétrer, elle scruta l’obscurité. La caverne était loin d’être fraîche, mais c’était beaucoup plus supportable que l’enfer au-dehors. Arme au poing, retenant son souffle, elle écoutait le moindre bruit.

— Drew ?

Sa voix était mal assurée. Après tout, s’il était là, il lui aurait déjà parlé. À moins qu’à l’instar du lézard il ne se fût caché en la voyant approcher. Auquel cas, sa quête avait été inutile, l’espoir qu’il serait heureux de la voir un leurre cruel.

L’écho de sa voix mourut. Une fois encore, elle retint son souffle, tout ouïe. Quelque chose –l’intuition – lui dit que cette caverne était occupée. Elle entendit – ou crut entendre – un subtil bruissement de tissu, un léger souffle, le frôlement léger de la chair contre la pierre. Ces sons, à peine perceptibles, venaient du fond de la caverne. Elle s’accroupit et se dirigea vers la droite, loin de l’entrée, se cachant tout en laissant entrer le soleil.

Maintenant que ses yeux étaient habitués à l’obscurité, elle voyait suffisamment pour distinguer les sandales usées sur les pieds poussiéreux au bout des jambes desséchées d’un homme ratatiné contre le mur du fond. Son vêtement en lambeaux était ramassé sur ses genoux décharnés. Ses mains, étendues sur ses cuisses, étaient squelettiques.

— Mon Dieu !

L’écho de la caverne amplifia son murmure angoissé.

— Drew, dit-elle plus fort.

Elle se précipita sur lui, le tirant vers la lumière, choquée par sa barbe et ses cheveux emmêlés qui lui arrivaient à la taille et par son visage maigre et ravagé.

— Oh, mon Dieu, Drew.

Les yeux à peine fendus, il l’étudia. Ses lèvres crevassées tremblèrent.