Le jeu des ombres
Chapitre 2
— Mon père, dit Erika. Un juif, pas un catholique.
— Mais si le cardinal a disparu, qui payait la note ? demanda Saul.
— L’assistant du cardinal, répondit Gallagher. Le Père Jean Dusseault.
2
Penchés sur une table de bois dans le silence de la salle de lecture de la bibliothèque Vallicelliana à Rome, Drew et Arlene examinaient les ouvrages qu’un bibliothécaire leur avait remis. Il y en avait six ou sept. C’étaient tous des documents biographiques religieux, en italien. Ils correspondaient au Who’s Who au Vatican, à la curie et dans l’Église catholique romaine. Ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient et se regardèrent, insatisfaits, avant de remettre les livres. Bientôt, ils quittaient le vestibule de la bibliothèque pour se retrouver dans le tohu-bohu de Rome.
— Ça valait en tout cas la peine d’essayer, fit Drew.
La réponse d’Arlene l’étonna.
— Mais nous avons appris un tas de choses !
— Je ne vois pas quoi. Les références biographiques de ces bouquins n’étaient guère plus que des cartes de visite pour le cardinal.
— Il ne se prend pas pour rien, remarqua Arlene. Presque tous les Who's Who rédigent leurs articles à partir des informations fournies par les intéressés. Le cardinal se voit comme un saint. Il a des médailles et des témoignages de reconnaissance de dizaines d’organismes religieux. Il a même une décoration papale. Mais une liste d’honneurs n’est pas une biographie. Soit il pense qu’elle serait ennuyeuse, ce dont je doute si j’en crois la façon dont il fait étalage de ses décorations, et de ses titres, soit…
— Il a quelque chose à cacher ?
— Essayons d’y voir clair, fit Arlene. Nous savons qu’il est né en 1914 et a été élevé en Yougoslavie. Nous savons qu’il a très tôt ressenti l’appel de la Foi et qu’il est entré dans l’Église à dix-huit ans. Nous savons qu’il a reçu son enseignement religieux à Rome. Il a un temps été officier de liaison entre l’Église et la Croix Rouge. Il a rapidement grimpé les échelons de l’Église. À trente-cinq ans, c’était un des plus jeunes à être admis à la curie. En tant que contrôleur des finances de l’Église, il est un des personnages les plus puissants du Vatican.