Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 4 sur 203 · partie 3/4

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Œuvres (Pléiade), tome I

Introduction Biographique

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.

en disant le vers : « Je hume ici ma future fumée{205}. » — Conférence de Jean Prévost sur Paul Valéry. — MARS : Lui-même fait une conférence à Lyon, et va se reposer dans le Midi. — 26 JUIN : Un déjeuner chez Lapérouse réunit Valéry, Alain et Mondor. Alain fera ce portrait de Valéry : « … Qui me saisit — dit-il — comme une sculpture. Je le compare à un lion de pierre. Cet homme petit porte une tête redoutable par l’attention et le mépris, remarquable aussi par une gaîté de bon aloi, et par une puissance d’expression tragique incomparable. Je ne connais pas de masque qui saisisse à ce point. Il y a de l’amitié dans cette expression, et une absence (comme il dit), ou une distraction (comme on dit) effrayante… » — 26 JUIN : Avec Ida Rubinstein et Honegger, Paul Valéry s’entretient de leur projet d’Amphion, dont le mythe rejoint son ancien poème, Orphée : « Je bâtis Amphion à la parole — dira-t-il — Je demande à Honegger de diviser ses moyens. L’orchestre doit être autre — tout autre avant et après la révélation du son. Et encore autre après la révélation de la puissance du son.

Décor Stellaire{206}… » — 3 JUILLET : Au laboratoire de Mme Curie, le physicien Hollwack fait pour Valéry une expérience de vision à distance

« action visible du visible sur le visible{207} ». Parlant à ce propos du microscope avec Caullery, Valéry lui dit qu’on ne peut dans ce genre d’appareils « passer de la Structure aux effets. Le microscope contre le vrai,

contre le fonctionnement{208} ». — 17 JUILLET : A Genève « où l’on retrouve le Rhône brusque et bleu, et les dix ou douze visages de cette

commission{209} », Valéry préside la séance de la Coopération intellectuelle consacrée à la question des traductions. Galsworthy prend la parole : « Je

fus un président sec{210} ! » dit Valéry. — SEPTEMBRE : Il rejoint sa famille à Guéthary pour les vacances, et note « une visite tardive à Francis Jammes à

Hasparren{211} ». — 14 NOVEMBRE : Conférence aux Annales. — Ier DÉCEMBRE : Édition hors commerce du Yalou, en facsimilé.

1929

JANVIER : A Gide qui se plaint de ne plus le voir, Valéry répond qu’il ne se voit plus lui-même, et que son instinct, il y a trente-six ans, ne le trompait pas en le poussant à renoncer à la carrière littéraire : « Tu te souviens ?… Le fond n’a pas changé. Tu sais qu’il est fort simple. Mais entre Aloi et moi, les choses et les autres ont élevé un anneau de corail. Je suis

Atoll{212}… » — 20 MARS : Mort du maréchal Foch. — 2 MAI : Au déjeuner Paul Hervieu qui réunit des personnalités politiques, littéraires et scientifiques, Valéry discute avec ses confrères au sujet de la succession du fauteuil de Foch. Barthou désire l’élection du maréchal Pétain, et voudrait faire le discours de réception qui revient à Paul Valéry en raison de ses

fonctions actuelles à l’Académie. « Ce discours m’est redoutable{213} », dit Valéry. — 14 MAI : Il cherche à réconcilier l’abbé Bremond avec Paul Souday : « … Mais on ne peut évangéliser un prêtre. Il me repousse

énergiquement{214}… » — 16 MAI : Valéry écrit dans ses notes : « Journée décorée par deux ministres, un maréchal, une danseuse, un ambassadeur, un abbé, un chef de police, un grand Juge, divers compositeurs de musique, un

dessinateur à mots cruels… Quis sustinebit{215}… » — 30 MAI : De nouveau, après avoir été au laboratoire Perrin — et s’être entretenu de la mise en scène d’Amphion avec Ida Rubinstein, Honegger, un décorateur, — cette diversité lui inspire la réflexion suivante : « Traversant tant de Milieux par semaine, — causant ici, causant de là, avec les puissants, les maréchaux, les auteurs, les dames et la politique, je me fais l’effet d’un de ces personnages de Voltaire qui visitaient Paris, délégués par Dieu, et lui

devant un rapport sur les choses de ce monde{216}… ». — Ier JUILLET : Dîner chez la duchesse de La Rochefoucauld avec des savants : « Cellules,

atomes, étoiles… Je divague sur l’Univers{217}… » — 7 JUILLET : Mort de Paul Souday. Valéry écrit pour Le Temps un article sur lui, avant de partir pour Genève. — Genève en fête : « Feu d’artifice. Drapeaux, banderolles.

Tous ces drapeaux sont frissons qu’ils rendent visibles{218}… » — 15 AOÛT : Valéry quitte Paris pour rejoindre la comtesse de Béhague à Barcelone, et entreprendre sur son yacht, le Tenax, une croisière en Méditerranée. Ils font escale en Corse : « Bastia se fait. Soleil rose groseille paraît. On lit, en noir, la côte d’Elbe sur ce disque qui se forme et s’élève à

vue d’œil{219}. » De Civita Vecchia Valéry va à Rome dont les beautés « l’ennuient assez » : « Une fois de plus, je constate qu’en présence des

choses mêmes je suis absent{220}. » — Il dessine des proues de voiliers à Porto Torrès, — visite Cagliari, puis Naples, Capri. — SEPTEMBRE : Édition de Littérature, aux Amis des Livres. — Édition de Charmes commentée par Alain. — « Alain vient et me dit que je ne me rattache à rien — ce qui est vrai — en traduisant que je suis détaché de tout. Ce je est celui de mon

« œuvre{221} ». — 8 NOVEMBRE : A la clinique de la rue Piccini, où sa femme vient d’être opérée, Valéry va voir Bergson alité dans une chambre voisine. — 9 NOVEMBRE : Il assiste à une conférence d’Einstein. — 12 NOVEMBRE : Autre conférence d’Einstein : « Il se montre en grand artiste — dit Valéry — et c’est le seul artiste au milieu de tous ces savants : il développe son incertitude et sa foi fondée sur l’architecture — ou beauté —

des formes{222}. » — Valéry amène Einstein à Bergson, rue Piccini. — DÉCEMBRE : Édition originale de Variété II.

1930

4 JANVIER : Au sujet des Commentaires de Charmes, Valéry écrit à Alain qu’il « lui a restitué » son « état » quand il faisait de tels vers. » — « Cet état est à l’infini du moi actuel… Il me semble que le thème de La Jeune Parque — l’absent du recueil — vous fournit le continu, le fil de la durée de votre glose. C’est une admirable idée d’artiste. C’est aussi une idée embryologiquement juste car Charmes naquit ou naquirent de La

Parque{223}. » — 20 JANVIER : Visite à Bergson. « Parlons d’évolution — dit Valéry. Je lui dis qu’on finira par penser que l’avenir est cause du

passé{224}… » — FÉVRIER : Entretiens avec Abel Hermant sur la grammaire, — et chez Xavier Léon, avec Louis de Broglie et Langevin. — Pensant à Gide, Valéry note : « Mon roc propre n’est pas atteint par ce qui me semble

encore mêlé d’autrui{225}. » — Ier MARS : Il préside une conférence de Léo Ferrero. — 14 MARS : Il va à Chantilly voir Pétain : « Duo, tête à tête avec

nos papiers{226}… » — Ils préparent tous deux leurs discours pour la réception du maréchal à l’Académie. — 22 AVRIL : Rencontre de Valéry et de Rabridanath Tagore « qui parle un anglais très doux et très

humain{227} ». — 13 AVRIL : « Deux heures avec Poincaré. » Valéry lui parle d’Henri Poincaré, dont il consulte toujours les ouvrages. — 30 AVRIL : En séjour à Grasse Valéry est « enlevé » par le maréchal Pétain qui l’emmène à Villeneuve Loubet pour lui lire son discours. — Il voit beaucoup Wells, proche voisin. — 18 JUILLET : Paul Valéry arrive avec Hélène Vacaresco à Genève où il se forme « une conjuration » pour qu’il accepte de diriger l’Institut de Coopération intellectuelle « Painlevé me

propose vaguement cette fonction{228}. » — 2 AOÛT : Valéry écrit à sa femme qu’il est exaspéré par le temps et par le discours à faire ; « monstrueusement nerveux. Je suis comme l’aiguille d’un

manomètre{229} ! » — 12 AOÛT : A Paul Poujaud, fin lettré et connaisseur en arts, il dit : « Je ne sais quand paraîtra, aux oreilles et aux yeux, mon melodrama Amphion. Je n’en suis qu’à demi curieux. Vous savez que je ne

suis curieux que de ma seule essence{230}. » — Éditions de Mer, marines, marins, — de Suite, — de Choses tues. — 13 OCTOBRE : Paul Valéry est promu grand Officier de l’Ordre du Sauveur de Grèce, à l’occasion des fêtes célébrées à Paris pour le Centenaire de l’indépendance héllénique. — 9 NOVEMBRE : Lettre de Valéry à l’abbé Fernandat, — après un article paru dans La Muse française, — qui se termine ainsi : « … Et voici le jour pâle et pluvieux. J’étais fait pour chanter Matines. Il est bien fâcheux que l’Église qui a compris et assimilé tant de choses, n’ait pas su absorber les

incrédules, grands promoteurs et confesseurs de l’esprit{231}… » — 28 NOVEMBRE et 8 DÉCEMBRE : Conférences de Valéry aux Annales. — Dans un entretien avec le père Teilhard de Chardin, Valéry remarque « un curieux dépouillement d’idées chez les prêtres d’esprit. Celui-ci fait d’un Christ —

tout à fait transformé — une sorte de Moi cosmique{232}… ».

1931

4 JANVIER : Valéry prononce une allocution pour le Centenaire des Concerts Lamoureux. — 7 JANVIER : Pendant que la radio emplit la maison de l’orgue et des chants de Notre-Dame célébrant les obsèques de Joffre, il corrige les épreuves de son discours Pétain-Foch, et remarque : « Coïncidence sans autre intérêt. Mais que de littérature écrite ou naissante est faite de ce genre

d’incohérence{233}… » — 13 JANVIER : Visite du mathématicien Hadamard à Paul Valéry. — 22 JANVIER : Réception du maréchal Pétain à l’Académie. Après le discours de Paul Valéry, Bazin le traite d’artiste, Maurice de Broglie lui dit qu’il y a mis l’atome d’énergie, et le général Gouraud lui

broie la main, en le félicitant. « Pétain très ému{234}. » — 31 JANVIER : Conférence de Valéry sur Corot à la Bibliothèque Nationale. — 22 FÉVRIER : Réunion au laboratoire Perrin, où Valéry improvise une causerie. — 24 FÉVRIER : Il se rend au Creusot, visite les usines, les ateliers qu’il compare à des Piranèse. — 25 MARS : Déjeuner à l’Ambassade d’Angleterre. Briand l’entretient de ses préoccupations au sujet de l’entente douanière austro-allemande. — 26 MARS : Déjeuner à l’Elysée avec le roi des Belges. — Edition originale de Pièces sur l’Art. — MAI : Édition originale de Moralités. — Valéry fait un voyage de conférences en Scandinavie. A Copenhague, il disserte sur le langage avec le philologue Bröndal et

conclut : « Le mot Tout, à lui seul, demanderait un volume{235}. » —

Arrivée en Norvège : « Plaines platissimes, aux îlots de sapins{236}. » A Stockholm qu’il admire il fait quelques aquarelles sur son cahier du matin, — et note d’autre part : « Tak — dis-je — et l’homme de l’ascenseur répond Tak, ce merci Scandinave qui fait le bruit d’un bijou que l’on ferme

net{237}… » — Il est reçu par le roi Gustave V. — 11 JUIN : Il préside à Paris le Comité et l’Assemblée du Pen Club. — 23 JUIN : Première représentation d’Amphion à l’Opéra. Paul Valéry n’y assiste pas : il est à Oxford où lui est décerné le titre de doctor honoris causa. — 25 JUIN : Il va à l’Opéra. Après avoir salué, à la fin d’Amphion, entre Ida Rubinstein et Honegger, il dit : «… Avant hier, je figurais en rouge dans l’enceinte de Sheldoniean dans un rite cocasse. Hier soir en frac sur la scène de l’Opéra,

après un coup de vent d’Est ! Poor Mr. Teste{238} ! » 28 JUIN : Il entend Iphigénie en Tauride : « Et voilà le beau à l’état pur… La musique place le tout hors du vrai et du faux, isole le drame de l’expérience. Pas d’amour

dans cette pièce{239}… » — 6 JUILLET : Valéry se rend à Genève pour la première session du Comité permanent des Arts et Lettres. — 15 JUILLET : Aux obsèques de Forain, il remarque : « C’est décidément ce type « messe » qu’il serait intéressant de reprendre. Invention progressive remarquable, et en somme le théâtre le plus digne, le moins naïf, le moins réaliste, le moins embarrassé de ficelles et d’individus, où il n’y ait point d’ambiguïté sur le vrai et le faux, où le sérieux est possible. Ceci soupçonné par Wagner, et totalement manqué dans Parsifal — qui est une singerie et

une mixture (avec sublime musique{240})… — Édition originale de Regards sur le Monde actuel, chez Stock. — 8 SEPTEMBRE : Valéry, nommé Commandeur de la Légion d’Honneur, reçoit, aux Invalides, l’accolade de son parrain, le maréchal Pétain qui lui passe au cou la cravate gagnée à Verdun et compose une citation qu’il inscrit sur un exemplaire de leurs discours. — Il va à Cannes, à Agay, — revoit à Draguignan son vieil ami Fourment, alors sénateur du Var. — 31 OCTOBRE : Au Salon d’Automne, est exposé le buste de Valéry par Renée Vauthier. — 23 NOVEMBRE : « Au

Muséum, chez Rivet, longuement manié le crâne de Descartes{241}… », écrit-il.

1932

4 JANVIER : Rencontre avec Zweig. — 5 JANVIER : Gide vient dîner chez Paul Valéry : « Je lui parle Gœthe — pensum officiel — et après je lui lis L’Idée Fixe. Très fatigante lecture. Nous nous retrouvons à l’état intime d’il y a trente-cinq ans. S’en va à une heure. Je suis éreinté. Tempête qui sonne

les volets, bat le corps de la nuit, rompt les adhérences du sommeil{242}… » — 21 JANVIER : A la Bibliothèque Nationale, Valéry feuillette les « bouts de papiers » de Hugo qu’il appelait « Tas de pierres ». « Ces pages-là sont magnifiques. Énorme écriture. Rien de plus beau qu’un beau

brouillon{243} ! » — 31 JANVIER : A Versailles, chez Charles du Bos, longue conversation sur Gœthe et Nietzsche. — 4 FÉVRIER : Conférence de Paul Valéry à l’Europe Nouvelle. — 20 FÉVRIER : Grippé, il reçoit la visite de Gide, qui lui dit qu’« il penche vers U.R.S.S. ». — MARS : Conférences à Grenoble, à Marseille. Séjour à la Polynésie. — 10 MARS : Édition originale de L’Idée Fixe. — 30 MARS : « … Puis je m’éveille. Je pense à la Grèce coupée en morceaux, aux membres d’Athènes dans les musées. Les

Anciens eussent-ils recueilli des choses cassées{244} ? » — Rentrant par Montpellier, Valéry écoute « le glas qui fait savourer goutte à goutte,

pendant des heures, aux gens de province, la mort{245} ». — Ier AVRIL : Conférence à Nîmes. — 30 AVRIL : Paul Valéry prononce un Discours en l’honneur de Gœthe au grand amphithéâtre de la Sorbonne, — ce qui lui fait dire qu’il est décidément « une espèce de poète d’État ». — Il est nommé membre du Conseil des Musées nationaux. — 18 MAI : Valéry arrive à Vienne « monumentale et province… ». — 20 MAI : Il fait une conférence, avec un « trac affreux », dit-il. — 26 MAI : A l’Université de Zurich il prononce un autre discours sur Gœthe. — JUIN : Valéry apprend qu’on a donné comme sujet de dissertation au concours des Affaires Étrangères, sa

formule : « Nous entrons dans l’avenir à reculons{246} », et se demande ce que les candidats ont pu dire pour « développer cette proposition plus

qu’évidente — et suffisante{247} ». — 12 JUIN : En échange du manuscrit de son discours sur Anatole France, Barthou envoie à Paul Valéry une lettre autographe de Descartes au père Mersenne datée du 15 novembre 1638. — 18 JUIN : Exposition Manet à l’Orangerie. Valéry a écrit la préface du catalogue, sous le titre Triomphe de Manet. — 7 JUILLET : Dans son article du Temps, Jaloux traite Valéry de « moraliste ». — « Je lui dis que ce nom

m’étonne{248}… » — 11 et 13 JUILLET : Il préside la distribution de prix de la maison d’Éducation de Saint-Denis, et de Janson-de-Sailly. — 25 JUILLET : Il est promu grand Officier de l’ordre d’Isabelle la Catholique. — 27 JUILLET : Valéry va voir Anna de Noailles, souffrante : « Elle abonde en paroles, comme de coutume, et en images. Elle parle de la mort. Parfois les

larmes, parfois l’éclat de vie et de rire{249}. » — 27 JUILLET : Il est nommé Grand Officier de l’Ordre de la Polonia Restituta. Et reçoit la Médaille de Gœthe, accompagnée de la signature d’Hindenburg. — 24 OCTOBRE : Au cours d’une conversation « métaphysique », Valéry dit que tout ce qui est métaphysique lui semble « ce qu’il y a de plus léger, et devoir être traité à

la Banville, à la Rossini… Sur la pointe des mots{250}… ». — 27 NOVEMBRE : Il part pour Bruxelles. Conférence sur le Monde Actuel. Dîner à Laeken. « Le lustre s’éteint. Le roi et la reine arrangent les fils dans les

fleurs. Le roi me parle de mon livre et de ma conférence.{251} » — 6 DÉCEMBRE : Conférences aux Annales. Dîners et déjeuners politiques « de Blum à Barthou, et de Bouisson à Herriot, sans compter les diplomates. J’ai même été passer une heure à la Chambre, la première fois depuis 40

ans{252} ! »

1933

4 JANVIER : Au Creusot, dans l’atelier de mécanique générale qu’il visite, Valéry remarque l’intérêt des hommes qui conduisent le travail : « Amour et

connaissance tendre de la matière{253} », — dit-il. — 27 JANVIER : Bruxelles. Laeken. — 18 FÉVRIER : A. de Monzie, ministre de l’Instruction Publique, décide la création d’un Institut de l’Université d’Aix, sous le nom de Centre Universitaire Méditerranéen. — MARS : Valéry fait une conférence sur Gœthe à Marseille. Une à San-Remo. — 2 MAI : Il part pour Madrid avec Mme Curie, Langevin, Jules Romains, — assiste à une séance de la Coopération intellectuelle. — 4 MAI : Chez le professeur Marañon, après le dîner, chanteurs, guitares : « Ces voix sont comme fluides — dit Valéry — Parfois dans les Sactas la détresse à l’état pur, l’être perdu. Pas de détails. — C’est le « silence éternel », rendu par l’effort extraordinaire de l’homme seul qui n’a que sa voix pour compagne, et que la durée de sa

voix{254}… » — 8 MAI : Conférence à Barcelone sur Amphion et Sémiramis. — Visite au président Macia. — 15 MAI : Valéry arrive à Gênes. En attendant la réception solennelle à l’Université, dans sa grande chambre à mosaïque, il écoute « les mêmes cloches que j’ai ouïes enfant. Il y a du

silence près, et du bruit loin{255}… ». — A l’Université, discours du recteur.

Paul Valéry lui répond, parlant de Gênes « en tant que mienne{256} ». — 19 MAI : Conférence à Florence « dans la salle magnifique du Dugento », devant la princesse de Piémont. Conversation avec elle en italien. — 20 MAI : Valéry va chez Berenson après être allé à la Chapelle Médicis. « Revu les Michel Ange avec quelque déception. Je commence à m’étonner de mes

faibles réactions{257}. » Il se sent pourtant « Florentin », ce matin : « Florence que je n’aimais pas à priori (comme ville d’arts, de choses éliminées, de pittoresque et de peinture, grevée de noms propres — moi qui aime l’Innomato, et le « tiers aspect » des choses) — m’oblige à la tenir

pour lieu favorable à l’esprit{258}… » — A Rome, conférence au Palazzo Torlonio. A Naples, Valéry parle de Musique et Poésie. De nouveau à Rome, et l’hôte du Palais Farnèse, — il assiste à la béatification de Catherine Labouré : « Entrée du Pape sur sa sedia, beau rouge cardinalice

des cappe magne. Tête sagace, un juriste{259}. » — 26 MAI : Visite à Mussolini. — JUIN : Dans son cahier d’alors, Valéry se définit : « J’ai une « schizofrénie » intellectuelle — car je suis aussi sociable en surface, et facile en relations, que je suis séparatiste en profondeur. Je comprends difficilement ce double penchant : l’un vers tous, l’autre vers le seul, et ce

seul très absolu{260}… » — 21 JUILLET : Par décret du ministre Monzie, il est nommé administrateur du Centre méditerranéen, fixé à Nice. — OCTOBRE : Il écrit à son frère : « Je t’envie d’être libre et franc de toutes obligations. Quant à moi, j’ai un discours à faire pour demain qui n’est pas commencé, trois ou quatre préfaces naturellement — dont une pour Sir James Frazer — ma Sémiramis qui va entrer en études, que je prévois fort laborieuses, — une conférence aux Annales en novembre, un livre sur Degas que je termine… et je ne sais plus quoi mais qui existe, sans compter

l’immense correspondance{261}. » — Ier DÉCEMBRE : Début de son mandat d’administrateur de Nice.

1934

3 FÉVRIER : Dîner chez Jouvenel : « On voit dans ce salon les fantômes

d’État et de société — en dissolution{262}… » — Valéry note une conversation avec Stravinsky : « J’ai dit sommairement que le dieu ne pouvait exiger que le développement de ce qui nous semble à nous

l’indication de l’accroissement de notre différence avec l’animal{263}… » — Conférence à Gand. — 10 AVRIL : Dîner à Nice avec Gide : « Je lui explique que l’homme que j’ai envié, c’est Wagner. Et non pour autre chose que pour le plaisir qu’il a dû avoir à construire, combiner, composer ses grandes machines musicales. Je place l’intérêt dans le travail. Nous parlons

composition{264}. » — 5 MAI : Conférence de Paul Valéry à Bourges. — 11 MAI : Première représentation de Sémiramis, mélodrame de Paul Valéry et Arthur Honegger, à l’Opéra. — 24 MAI : A l’Académie française, Valéry préside la séance où Maurice de Broglie est élu. — Marcel Prévost dit à Valéry qu’il a tari la Poésie : « Là où votre Pégase a posé le pied, l’herbe de la poésie ne pousse plus… » — « Je lui réponds que la raison en est simple.

Je travaillais sans fin, et ils ne font qu’improviser{265}… » — 9 JUIN : Paul Valéry prononce un discours pour l’inauguration d’une plaque sur la maison de l’abbé Bremond, rue Chanoinesse. — 2 OCTOBRE : Visite à Bergson.

« Lui aussi conçoit la sensibilité comme résistance{266} », dira Valéry. — Paul Valéry assiste à une cérémonie pour le 250e anniversaire de l’inhumation de Corneille. — 7 OCTOBRE : Assassinat de Louis Barthou, et du roi Alexandre de Yougoslavie. Valéry se souvient que, cinq jours plus tôt, répondant à sa question relative à l’avenir prochain : « En somme vous voyez noir ? — Rouge », répondit Barthou. — 18 NOVEMBRE : Départ pour Londres. A un banquet, au Claridge, Valéry prend la parole après Chamberlain « très français, très énergique… ». — Il rentre « par un fog assez effrayant. Les phares impuissants se cherchent comme à tâtons. La lumière n’a pas plus de portée que la longueur de bras. La vue est de l’ordre

de rayon du toucher{267}… ». — 23 NOVEMBRE : Conférence de Valéry, à King’s, présenté par D. Mac Carthy. — 24 NOVEMBRE : Il assiste à une représentation d’Hamlet, à propos de laquelle il dit : « Ici se pose la question fameuse de l’interprétation. Je l’ai tranchée pour les vers : l’intention de l’auteur n’a pas de valeur plus grande que celle d’un lecteur quelconque — puisque son pouvoir d’auteur expire dans l’œuvre, laquelle

doit tout imposer{268}… » — 26 NOVEMBRE : A l’ambassade d’Italie à

Londres, avec Grandi, Pirandello. Puis « … Tour à la Tour{269}… », note Valéry.

1935

2 JANVIER : Naissance de Martine Rouart, petite-fille de Paul Valéry. — 19 JANVIER : A propos d’une étude où on le compare à Proust « sur le point particulier du sommeil et des rêves », Valéry exprime à l’auteur leur différence « en tant que psychologues ». Il dit notamment « : Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. En somme le passé est pour moi aboli dans sa structure chronologique et narrable. J’ai le sentiment invincible que ce

serait perdre mon temps que de retrouver le temps perdu{270}… » — 20 JANVIER : Dîner au Cercle Interallié, en l’honneur de Weygand. — On rapporte à Valéry ce propos de Bergson : « Ce qu’a fait Valéry devait être tenté. » Lui-même l’approuve : « Ce vers est très honorable, je le retiens.

C’est une devise. Ma « nécessité » — et aussi ma définition{271}. » — 25 JANVIER : A l’ambassade de France à Bruxelles, Valéry retrouve Ida Rubinstein, Claudel, Jacques Ibert, Honegger. Paul Claudel lit sa Jeanne d’Arc. « Je constate once more une différence totale de manière de « voir » entre nous — notera Valéry. Ce qu’il voit accessoire « infiniment petit », je le trouve essentiel, et réciproquement. Le parti pris est hardi, neuf, peut faire grand effet. Il cherche une très forte naïveté qui permet le symbolisme,

et dessine une composition{272}. » — 26 JANVIER : Représentation de Perséphone de Gide et Stravinsky, — et de Sémiramis. — 5 FÉVRIER : Paul Valéry se rend à Sète, où il est reçu officiellement, et répond au discours d’Albert Dugrip qui lit « d’antiques lettres » de lui. — 9 FÉVRIER : Conférence à Toulouse. — 29 MARS : Conférence aux Annales. — AVRIL : A Nice, Paul Valéry préside la 5e Session du Comité des Arts et Lettres de la Société des Nations où ont lieu des entretiens sur la Formation de l’homme moderne. — 16 MAI : Exposition d’Art Italien au Petit-Palais, dont le catalogue contient une préface de Paul Valéry. — 17 MAI : On discute le mot « vers » à l’Académie. Valéry propose la définition : « Suite d’un nombre

limité de syllabes{273}. » — 14 JUIN : Après une causerie sur Lope de Vega donnée par Paul Valéry à cette occasion, l’ambassadeur d’Espagne lui remet le grand cordon d’Isabelle la Catholique. « Pendant que Cardenas fait l’éloge de moi, je me demande ce qu’il faudrait penser dans la

circonstance{274}. » — 21 JUIN : Il est nommé membre de l’Académie des Sciences de Lisbonne. — 27 JUIN : Bruxelles. — 12 JUILLET : Paul Valéry préside la distribution de prix du Collège de Sète, et termine son discours, disant : « Si d’événements en événements, et d’idées en idées, je remonte le long de la chaîne de ma vie, — je la retrouve attachée par son premier chaînon à quelqu’un de ces anneaux de fer qui sont scellés dans la pierre de

nos quais{275}… » — SEPTEMBRE : Il va à Zurich, habite au Freudenberg, chez ses amis Bodmer. Visite, au Polytechnicum, du laboratoire d’hydrodynamique : « La question de similitude ici est aiguë — note-t-il. C’est une de celles qui m’excitent. Et elle va fort loin en toutes

matières{276}. » — 27 NOVEMBRE : Paul Valéry est désigné comme président de la Commission de synthèse de la Coopération intellectuelle, à l’occasion de l’Exposition de 1937, — et nommé en vue de celle-ci président du groupe : Expression de la Pensée. On lui demande quatre inscriptions pour les frontons du Palais de Chaillot. — 13 DÉCEMBRE : De nouveau à Nice où il exerce ses fondions, il rencontre Maeterlinck et va visiter Orlamonde, palais sur la mer. — Valéry écrit de Léautaud : « Il est un concierge

stendhalisé — et qui le fut par moi — Il aplatit le « vrai »{277}. »

1936

JANVIER : Édition originale de Variété III. — FÉVRIER : Édition originale de Degas, Danse, Dessin, chez Ambroise Vollard. — 7 MARS : Avant l’assemblée du Collège de France où l’on doit procéder à des élections, Paul Valéry, alors candidat à une chaire de professeur, va voir Édouard Le Roy qui lui lit son rapport « plus philosophique que je ne puis promettre de

l’être{278}… ». Il est élu par 22 voix contre 17. — 21 AVRIL : Il s’embarque à Marseille sur « La-Ville-d’Alger ». A Alger, il est « frappé par la prière

des musulmans (au marabout). Discipline des prosternations{279} ». Il assiste au déjeuner des Écrivains algériens, — fait une conférence sur ses Impressions de Méditerranéen. — 29 AVRIL : Conférence à Tunis où il visite les souks. Autre conférence à Bizerte. — 3 MAI : Au moment d’appareiller, à Tunis, un officier vient lui remettre la plaque de grand Officier du Nichan-Iftikhar. — 28 MAI : A l’occasion d’une Exposition du Symbolisme à Liège, Paul Valéry fait une conférence : « Le Symbolisme est né contre le Parnasse

et le Réalisme, eux-mêmes dressés contre le Romantisme{280} ». — 5 JUIN : Il parle au Polytechnicum de Zurich, avant de se rendre à Budapest où il préside les Entretiens. Puis « visite au régent-amiral Horthy, avec Henri Bonnet et Madariaga, conduits par Telecki. Palais sur la hauteur, jadis du

roi{281} ». — 12 JUILLET : Conférence au Casino de Vichy. — 15 JUILLET : Séance de la Coopération à Genève. « Herriot arrive aux Bergues. Séance.

Déjeuner d’ensemble. Il parle. Je parle. On parle… Compliments{282}. » — SEPTEMBRE : De la Polynésie où il se repose, Paul Valéry répond à un livre que lui a envoyé Leconte de Nouÿ : « Il se trouve — dit-il — que je suis particulièrement « sensibilisé » à l’endroit de cette fameuse question du « temps ». J’ai d’ailleurs l’impression que notre époque s’inquiète beaucoup de cette vieille affaire, — la plus vieille du monde par définition, — et que

l’on voudrait bien en finir une bonne fois avec elle{283}… » — 23 OCTOBRE : Valéry rencontre Gide à la N.R.F. qui lui semble déçu par son voyage en Russie. — 29 OCTOBRE : Il va à Varsovie, à Cracovie : « Il y a une petite église « Christo Transfigurato » dans ma fenêtre. Je m’amuse à

compter les passants qui la saluent, et les autres. C’est pile ou face{284}… » — 6 NOVEMBRE : Arrivée à Munich, la ville tout en oriflammes rouges à cercles blancs, avec croix gammées noires : « Ces drapeaux sont comme

chinois{285}… » — 15 DÉCEMBRE : Valéry fait une conférence à l’Université de Strasbourg où il compte beaucoup d’amis. — 6 DÉCEMBRE : A Nice. « Marche le long du râle lent de houle faible qui heurte, aborde les galets.

Marche et pensée. La pensée presse le pas. S’arrête. Repart{286}… »

1937

12 JANVIER : Conférence aux Annales sur Villon. — 20 MARS : Conférence à Rome ; Valéry habite dans l’ancien palais de Malatesta, face au mur de Ara Coeli, où il évoque sa chambre de Montpellier : « Ces chambres grandes du Midi, très bonnes pour méditation — les meubles grands et perdus. Le grand vide enfermé — où le temps ne compte pas. L’esprit veut peupler

cela. Il y a toujours une cloche à la cantonade{287}… » De Rome même, il dit : « Les ruines m’ennuient. Et quand elles m’intéressent, c’est pour être non ruines, mais des formes ou figures… Intéressantes, quoique ruines…

Qu’on laisse donc périr les colonnes en paix{288} !… » — Le jour de Pâques, il assiste à la messe pontificale, et note : « On ne voit rien de spirituel ici — ni les visages, ni le temple, ni la musique. Et les

vivats{289} ! » — 3 AVRIL : Conférence à l’Université de Bologne. — 10 AVRIL : Conférence à l’Orangerie à Paris. — 15 AVRIL : Valéry va chez l’éditeur Colin à un conseil de la langue française. — 4 MAI : L’Université de Coimbra lui décerne le titre de doctor honoris causa. — 19 OCTOBRE : Il est nommé titulaire de la chaire de Poétique au Collège de France. — 8 DÉCEMBRE : Edition originale de L’Homme et la Coquille, illustrée par Henri Mondor. — 10 DÉCEMBRE : Leçon inaugurale au Collège de France. On se bat à la porte pour entrer. Paul Valéry explique ce qu’il entend par le mot « Poétique » ou Poïetique : « C’est la notion toute simple de faire que je voulais exprimer. Le faire, le poïein, dont je veux m’occuper, est celui qui s’achève en quelque œuvre et que je viendrai à restreindre bientôt à ce genre d’œuvres qu’on est convenu d’appeler œuvres de l’esprit… L’œuvre

de l’esprit n’existe qu’en acte{290}… » — 28 DÉCEMBRE : A Zurich, où il vient d’arriver, il prépare ses leçons suivantes, en s’étonnant d’entreprendre à son âge une carrière de professeur : « La plupart de mon temps se passe à

travailler… Je pense malgré moi aux cours qui se précisent{291}. » Il écrit à sa femme : « Le parc est dépouillé. Ce qui donne des effets de hauteurs bleuâtres très vagues piquées de maisons claires lointaines, — le tout à travers des ramures d’une finesse et d’un enchevêtrement qu’aucun pinceau ne peut donner… Cela me fait une vue assez triste, mais curieusement

poétique, précisément par exclusion du peintre{292}… »

1938

22 JANVIER : A une réception au Collège de France, Valéry parle avec Joliot-

Curie du « mystère de la force{293} ». — 10 MARS : Il fait une conférence à Polytechnique, présidée par le général Nollet. — 11 MARS : Au cours d’un dîner chez Jules Romains, il apprend le coup de théâtre de Hitler en Autriche. — 27 MARS : Mort de Jules Valéry. — 30 MARS : Paul Valéry fait une conférence à Bruxelles. — 2 AVRIL : Il se rend à Montpellier pour les obsèques de son frère, célébrées dans la ville avec tout le faste universitaire. — 17 AVRIL : Mort de Madeleine Gide. — 26 JUIN : Assistant à une fête dans le parc de Versailles, Paul Valéry remarque le contraste du sombre du feuillage, et de la clarté des eaux, et pense à utiliser cet effet pour ses eaux-fortes. — JUILLET : Il prend part aux manifestations données en l’honneur de la venue à Paris des souverains anglais. Pour orner leur chambre au Quai-d’Orsay, on a choisi, parmi les tableaux du Louvre, un tableau de Berthe Morisot, Le Berceau, qui représente la tante de Mme Paul Valéry. — AOÛT : Pendant ses vacances à la Polynésie, Valéry écrit La Cantate du Narcisse, destinée à être mise en musique par Germaine Taillefer. — 8 SEPTEMBRE : Il rentre à Paris. On s’attend à la guerre. — 26 OCTOBRE : Après la trêve de Munich il part pour Nice où la session est « brillante, grâce à Paul », écrit Hélène Vacaresco. — 17 OCTOBRE : Il préside la séance inaugurale du Congrès de Chirurgie à la Faculté de Médecine de Paris, et prononce le Discours aux Chirurgiens, dans lequel il exalte le rôle de la main, — et exprime ce qui pourrait se rapporter à une philosophie ainsi résumée :

« Tantôt je pense, et tantôt je suis{294}. » — 22 NOVEMBRE : Il est promu au grade de Grand Officier de la Légion d’Honneur. — NOVEMBRE : Edition originale de Variété IV. — 2 DÉCEMBRE : Réouverture du Cours de Poétique au Collège de France. Valéry résume ses cours de l’année précédente, pour arriver à l’acte poétique. — 10 DÉCEMBRE : Deux dessins de lui sont exposés à la bibliothèque Sainte-Geneviève. — 21 DÉCEMBRE : A une réunion de scientifiques, Valéry dit qu’il expose « ses hérésies mathématiques. Point, infini, égalité, ensembles. Je suis content de voir que ces idées sont

écoutées{295} ». — 31 DÉCEMBRE : Edition originale de l’Existence du Symbolisme, chez Stols.

1939

5 JANVIER : Paul Valéry fait un discours à la Sorbonne pour la célébration du Centenaire de la Photographie. — 14 JANVIER : Au Collège de France, il fait un cours sur Edgar Poe, parle du plan en matière d’œuvre d’art. Ses dangers : « La fin d’un poème ne doit pas être le point culminant, mais au contraire ramener le lecteur ou l’auditeur en pente douce à son état

normal{296}. » — 26 JANVIER : Mort de la comtesse de Béhague. — 23 FÉVRIER : Lecture de La Cantate du Narcisse à la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique dont Paul Valéry est le président d’honneur. — 18 MAI : Il va faire une conférence à Dijon, et se reposer dans le Midi. — 4 AOÛT : Le professeur Vallery-Radot l’emmène dans sa propriété de Marrault, en Bourgogne. — Les nouvelles devenant menaçantes, Valéry rentre à Paris, laissant à ses amis une aquarelle inachevée avec cette légende : « Salon interrompu par la guerre… ». — 27 AOÛT : Il rencontre Ludwig chez Julien Cain à Louveciennes. — 5 SEPTEMBRE : Après la déclaration de guerre et à la demande de sa famille, Valéry s’installe au Mesnil. — 17 SEPTEMBRE : Après le départ de son fils François pour l’armée, il écrit à Gide : « Je suis étonné moi-même d’être affecté par ceci au point que je le suis. J’en suis intimement malade, et surpris de me sentir, depuis quelques jours surtout, dans cet état de destruction nerveuse en profondeur… Je me ronge ici… Je fume, je fume, je me mets pendant des heures à des calculs sans intérêt, sans issue. La sottise des hommes m’étouffe. Et la mienne se sent la résumer toute et la

concentrer comme une essence… Je voudrais être avec toi{297}. » — Pendant ces premiers jours de la guerre, Valéry va souvent chez Nadia Boulanger qui habite « à trois cents pas d’ici » et héberge Stravinsky : « Nous nous sommes beaucoup vus. Stravinsky nous a lu son futur Cours de Poétique (lui aussi) musicale, qui a des analogies avec le mien, — chose

assez curieuse{298}… » — 30 SEPTEMBRE : Edition originale de Mélange. — OCTOBRE : Il va chercher sa fille et sa petite-fille près de Dieppe, inquiet de les savoir à proximité des côtes.

1940

4 JANVIER : Par un froid rigoureux en cet hiver de guerre, Paul Valéry reprend son cours au Collège de France. Il développe l’idée que la France est responsable vis-à-vis de l’esprit : on attend d’elle qu’elle conserve le goût de produire. — 6 JANVIER : Cours sur le R. P. Cyprien, carme déchaussé qui, en 1641, a traduit les Cantiques Spirituels de saint Jean de la Croix, — et que Valéry « propose aux amateurs des beautés de notre langage de considérer désormais comme l’un des plus parfaits poètes de

France{299} ». — 19 JANVIER : Il traite du Langage et de la Pensée. — 3 FÉVRIER : Il parle de l’Homme dont le cerveau serait capable de faire la synthèse de toutes les sciences modernes. — 26 AVRIL : Valéry est nommé membre de l’Académie des Sciences Hongroises. — AVRIL-MAI : Après une sérieuse bronchite, il est en convalescence à la Malmaison. Les événements deviennent angoissants : « Dans cet état — écrit-il — les meilleures idées qui pourraient me venir, me seraient indifférentes, si ce n’est pénibles. On dirait qu’elles le pressentent, et s’abstiennent — ou n’insistent pas… O

France{300}… » — 15 MAI : « Ce paisible jardin. Le son du canon — la nouvelle de la chute de la Hollande armée… Coup. Ciel beau. Doux soleil… Les enfants dans la bataille de là-bas. Tous les bruits arrêtent le cœur, et la contradiction totale s’empare de l’être. Etre, tu n’es plus moi.

Soif de savoir, horreur d’apprendre{301}… » — 23 MAI : Valéry part pour Dinard avec sa famille : « Toute la Belgique et l’Artois… etc… sur les routes. L’impression du désordre vivant, poignant… Je suis désespéré

d’avoir quitté Paris, cédé aux lettres des enfants qui s’inquiètent{302}. » — Il s’installe à l’hôtel Albion à Dinard. — JUIN : « Les hommes ne savent ce

qu’ils font{303}… », dit-il. — 15 JUIN : Jean Tharaud qui habite aux environs vient annoncer à Paul Valéry l’armistice tout proche : « La France expie le crime d’être ce qu’elle est. Je voudrais n’avoir pas vécu jusqu’à ce

jour{304}… », note Valéry. — 17 JUIN : Il écoute le discours du maréchal Pétain : « … Paroles d’une simplicité écrasante. Et j’ai pleuré, crevé en

pleurs{305}… » — 22 JUIN : Arrivée des Allemands à Dinard : « Je pense donc je souffre… La pensée de ce qui est empoisonne ce que je vois. La beauté du soleil et de la mer font souffrir, — car il faut souffrir — et le beau

doit y travailler aussi{306}… » — Il s’alarme de n’avoir aucune nouvelle de ses fils et gendre. — 12 JUILLET : Aussitôt reçue la lettre de Paul Rouart qui le rassure sur leur sort, il se remet au travail, — et, en quelques semaines, écrit deux actes de Mon Faust. — AOÛT : Dans une lettre à Pasteur Vallery-Radot il dit : « J’ai énormément travaillé comme dérivatif, — sans quoi je crois que je serais mort de rage et de désespoir. Ces tout derniers jours, l’activité intellectuelle est devenue si vive en moi, que je me suis mis à écrire, concurremment avec mes éternelles notes, une scène d’un… IIIe Faust (auquel j’avais quelquefois pensé) et qui ne verra jamais le jour, ni

même sa fin{307}… » — 21 SEPTEMBRE : Valéry rentre à Paris. — Ier octobre : Naissance de son petit-fils, Vincent Rouart. — 8 NOVEMBRE : Cours au Collège de France sur la grammaire « l’exclamation, commencement du langage ». — 8 NOVEMBRE : Leçon sur les deux « Je », — celui qui se laisse aller à toutes sortes de fabrications de la pensée, — et celui qui contrôle, rétablit. — 11 NOVEMBRE : Paul Valéry donne une lecture de Mon Faust chez Vallery-Radot.

1941

4 JANVIER : Mort d’Henri Bergson. — 6 JANVIER : Paul Valéry se rend chez lui, boulevard Beauséjour : « Je trouve dans une pièce le cercueil sur tréteaux — et une trentaine de personnes. Je représente la Compagnie… Tout le monde s’en va par la neige. En temps normal, c’eût été le

Panthéon{308}… » — 9 JANVIER : En tant que directeur, Valéry prononce à l’Académie l’éloge de Bergson, disant : « … Une sorte d’autorité morale dans les choses de l’esprit s’attachait à son nom, qui était universel. La France sut faire appel à ce nom, et à cette autorité dans des circonstances

dont je m’assure qu’il vous souvient{309}… » Peu connu alors en France, ce discours passe clandestinement à l’étranger où il est accueilli, en Angleterre surtout, comme une profession de foi et un acte de courage. A Bogota où Louis Jouvet le lira un peu plus tard, — en 1942, — la salle entière, au théâtre, se lève pour l’écouter et l’acclamer. — 10 JANVIER : Valéry achève son cours au Collège en parlant de Bergson « dernier représentant, peut-être, de la pensée… ». — 16 FÉVRIER : Lettre à Mondor, pour le féliciter du premier tome de la Vie de Mallarmé qui vient de paraître. — 4 MARS : Paul Valéry entend dire que le gouvernement de Vichy l’aurait destitué de ses fonctions au Centre Méditerranéen de Nice, ne renouvelant pas son mandat, et nommant un autre administrateur. — 6 AVRIL : On lui raconte que des Allemands s’informent de lui : « Mais enfin est-il sérieux ? », et que Max Clauss, dans une conférence récente, a cité « avec amertume » son ancien article sur l’Allemagne Une Conquête Méthodique qu’il traite de « pamphlet ». — « Il y avait quelque témérité — et aujourd’hui quelque mérite — à rapprocher les noms d’Allemagne, Italie, Japon en

1895{310}… », remarque Valéry. — MAI : Edition originale de Tel Quel, chez Gallimard. — Edition originale des Cantiques Spirituels de saint Jean de la Croix, traduits par le Père Cyprien, avec une préface de Paul Valéry. — Edition originale des Etudes pour Faust, aux éditions des Cent Une. — 5 JUIN : Exposition Berthe Morisot à l’Orangerie, pour laquelle Valéry a écrit la préface : Au sujet de Berthe Morisot. — 4 AOÛT : Il se rend à Vichy pour avoir confirmation de la décision prise contre lui par le ministre de l’Instruction Publique, — décision dont il n’a jamais été officiellement informé. Il ne sera pas réintégré dans ses fondions à Nice. — 30 AOÛT : Au château de Montrozier où il séjourne, il tombe malade : « Dans ce vaste lit,

la radio ; les remèdes, un Montaigne, un Diderot, un Balzac{311}… » — Il va à Montpellier. — 19 SEPTEMBRE : Il fait à Marseille une Causerie sur Narcisse. — 5 DÉCEMBRE : Cours au Collège de France sur la politique, tactique, et stratégie d’une œuvre. — 13 DÉCEMBRE : Cours sur le rôle de l’esprit, l’aventure de l’esprit : Que peut-on faire de mieux que de tenter une aventure ?

1942

5 janvier : Paul Valéry part pour Bruxelles où il fait une conférence, — une autre à Mons. — MARS : Il remercie Henri Mondor pour le second volume de la Vie de Mallarmé : « Le phénomène Mallarmé a exercé sur ce qui devint mon existence une action extraordinaire, des plus complexes, et qui ne se réduit pas du tout à quelque modification intellectuelle… Jusqu’au fatal été 98, j’ai entretenu l’espoir que notre intimité croissante me permît

un jour de lui parler à lui comme je lui parlais en moi{312}… » — 6 AVRIL : II note : « Il est cinq heures. Pendant que j’écris sur le « temps », le ciel est en grand émoi de fusées, de feux et canonnades. Les Anglais en haut, les Allemands en bas. Tous ces peuples dans l’air de Paris. La sottise de tout ce vacarme est admirable… Tout ceci fait de « l’histoire », en vient et y rentre, ne rime à rien, embête ou terrifie le monde, gâche de la marchandise et de l’énergie, prendra de beaux noms — et suppose une crédulité fondamentale et une sensibilité du plus bas genre, de la qualité la plus vulgaire — la plus

— humaine{313}… » — 28 AVRIL : Valéry est à Lyon pour une conférence. — 30 AVRIL : Il retrouve Gide à Marseille avant que celui-ci ne s’embarque pour Tunis. — MAI : Conférences à Montpellier, à Sète, à Rodez. — « Le Figaro a commencé la publication de mes nouvelles Mauvaises

Pensées{314} », écrit-il à sa femme. — 18 JUIN : Les Prix Osiris et Louis Barthou lui sont décernés par l’Académie française. — JUILLET : Les autorités occupantes refusent du papier pour une édition des Mauvaises Pensées de Paul Valéry, demandant : « Pourquoi n’écrit-il pas les Bonnes ?… » — 2 AOÛT : « Je classe — dit-il — je fais comme si j’allais entreprendre des publications énormes, comme si la situation des choses du

livre et de moi étaient favorables{315}… » — 7 SEPTEMBRE : « Ivre d’esprit ce matin. Ivre de « mon » esprit. C’est quand on le sent trop — qu’il se

déclare MON… Quand je dis Esprit, qu’est-ce a dire{316} ? » — 9 SEPTEMBRE : « Vagues coups de canon vers 2 heures — Débauche d’idées.

C’est éreintant — Sensation d’usure vive{317}. » — 20 SEPTEMBRE : Edition originale de Mauvaises Pensées et autres, pour lesquelles on a enfin accordé du papier. — 23 SEPTEMBRE : « Je pense tout à coup au Prélude de

Parsifal — et assez étrangement… comme à un modèle de prose{318}… », écrit Valéry. — OCTOBRE : De nouveau, il se repose à Montrozier, où « un vent furieux joue sur les nerfs la sonate du diable », — et où le beurre manque… « Le miel le remplace, dans la mesure où une abeille tient lieu

d’une vache{319}… » — Il se dit si fatigué qu’il ne peut presque rien faire : « J’use le temps en chambre, transposant le Bucolique en alexandrins non rimés — puisqu’on veut vers pour vers, et que je veux, moi, être aussi fidèle

que possible{320}. » — 11 DÉCEMBRE : Exposition des illustrations de l’Arbre qui paraîtra l’année suivante. — 26 DÉCEMBRE : Au Théâtre-Français, matinée consacrée à Paul Fort, Paul Valéry, Paul Claudel.

1943

Ier FÉVRIER : Le révérend père Rideau apporte à Valéry son Introduction à la pensée de Paul Valéry. Dans une lettre qui sert de préface à cet ouvrage, Valéry lui écrit : « Ma seule constante, mon seul instinct permanent fut, sans doute, de me représenter de plus en plus nettement mon « fonctionnement mental, et de garder ou de reprendre aussi souvent que possible ma liberté contre les illusions et les « parasites » que nous impose l’emploi inévitable du langage… Si l’on voulait bien considérer l’ensemble de mes notes dans mes cahiers du matin comme valables à l’égard des tiers, l’analyse de cet amas pourrait, malgré que j’en aie, manifester, peut-être une manière ou une apparence de « Philosophie ». On trouverait facilement dans ces papiers, les identifiant à moi-même des fréquences, des retours et reprises, une conduite générale des idées, qui dessineraient quelque tendance, une nature, un tempérament, les contours d’une personne, — et finalement, de quoi construire un auteur sous mon nom, et supposer son Traité de l’Homme et

du Monde, et même sa Métaphysique, sinon son Ethique{321}… » — 7 MAI : Valéry fait une conférence aux Sciences Politiques. — 14 FÉVRIER : Cours sur la science au Collège de France. — 14 JUIN : A ce propos il écrit à André George : « Ma conviction, dès la jeunesse, fut que, dans la phase la plus vivante de la recherche intellectuelle, il n’y a pas de différence, autre que nominale, entre les manœuvres intérieures d’un artiste ou poète, et

celles d’un savant{322}… » — Dans ses notes : « J’ai fait ma philosophie d’après nature, et redessiné ce que je pense d’après le modèle vivant — le

seul ! — qui est en somme Moi{323}… » — 15 JUIN : Valéry va à Lyon. — AOÛT : Il recommande de faire apprendre à ses petits-enfants des vers « isolés », de les habituer à comprendre et à former des phrases d’une construction un peu compliquée : « Une seule phrase de ce type, sue par cœur, et articulée comme un vertébré supérieur, est d’un bon usage dans

l’éducation de la parole{324}. » — 22 OCTOBRE : Exposition des eaux-fortes de Paul Valéry chez Christofle, rue Royale. — 25 OCTOBRE : A la séance de réunion des Cinq Académies, Paul Valéry lit sous la Coupole, le Dialogue de l’Arbre. — 26 NOVEMBRE : Il se rend au Théâtre-Français à la représentation du Soulier de Satin de Claudel, qui débute par une alerte.

1944

12 JANVIER : La Cantate du Narcisse est jouée au Conservatoire à Paris. — 20 MARS : Edition originale de Variété V. — 4 MAI : Dans son cours, Valéry expose les deux cas où peut se trouver celui qui fait une œuvre, — l’un répondant à un plan déterminé, l’autre meublant un rectangle imaginaire. « Mallarmé composait une sorte de bouquet de mots jetés sur le papier… », dit-il. — 19 MAI : Cours sur le rythme. — 26 et 27 MAI : Sur le dessin de l’œuvre. — 30 MAI : « On est loin, loin, loin… Et c’est une distance étrange, une distance d’événements… — écrit Valéry à sa fille — Que de sottise tout cela suppose ! Je veux écrire un traité de la bêtise des Hommes ! qui se portera bien. J’en ai depuis longtemps toutes les idées, et nous en vivons les

images et démonstrations{325}… » Il lui dit aussi : « Ton vieux père s’est remis à tripoter les diables. Il en a mis quatre sur la scène au IIIe acte de

Lust{326}… » — Ier AOÛT : Lecture de Mon Faust chez Jean Voilier. — 20-21 AOÛT : « L’anxiété règne. On se fusille par-ci, par-là dans Paris. Il y a des coups de canon inexpliqués. Un coq chante. Il y a toujours des Allemands. Evénement. Effets des hommes et des armes. Une arme chargée a son

impatience. Le temps est une force croissante{327}… » — 25 AOÛT : De sa fenêtre, Valéry voit arriver les chars avenue Victor-Hugo. Il note ce jour-là : « Hier soir — pendant qu’on n’entendait ici que les canons, les déchirements de mitrailleuses et le souffle des incendies vers Neuilly, une voix divine à l’Opéra de Berlin chantait je ne sais quelle musique, italienne, — mélodie dont la pureté et la grâce se détachaient comme une fleur sur

fond de désordre, de violence et de bêtise{328}… » — 26 AOÛT : Sur les balcons du Figaro, au rond-point des Champs-Elysées, Valéry assiste au défilé de l’arrivée du général de Gaulle : « L’immense foule comme un pré impressionniste au milieu des masses vertes. Défilé étrange. Mélange. Et

puis les coups de feu, la panique. On nous retient{329}… » — 2 SEPTEMBRE : Le Figaro publie l’article de Paul Valéry : Respirer : « La liberté est une sensation. Cela se respire. L’idée que nous sommes libres dilate l’avenir du

moment{330}. » — 17 SEPTEMBRE : Naissance à Angers de Sabine Rouart, petite-fille de Paul Valéry. — 27 OCTOBRE : Valéry est invité par de Gaulle au Théâtre-Français où l’on donne lecture de divers poèmes : « Celui de

Claudel très bien et fortement dit par Barrault{331}… » Charles Morgan dit son Ode à la France. « Enfin les 4 hymnes. Tout le monde debout, et quand vient la vieille Marseillaise, la salle se met à chanter, et nous tous dans la

loge, avec le général{332}… » — 17 NOVEMBRE : Edition originale de Variations sur ma Gravure, illustrées d’eaux-fortes de l’auteur. — 29 NOVEMBRE : Devant un auditoire de médecins, Valéry fait une conférence à l’hôpital Bichat où il développe sa conception toute personnelle de la physiologie. — 8 DÉCEMBRE : Représentation de la Cantate du Narcisse au Studio des Champs-Elysées. — 7 DÉCEMBRE : Au cours d’une séance très solennelle au grand amphithéâtre de la Sorbonne, Paul Valéry prononce un Discours sur Voltaire.

1945

12 JANVIER : En exergue sur un nouveau cahier, Valéry écrit : « Mon cahier perpétuel est mon « Eckermann ». (Il n’est pas besoin d’être Gœthe pour s’offrir un fidèle interlocuteur.) Je lui dis ce qui vient… Mais non Tout ce qui vient. Et encore moins Tout ce qui pourrait venir, Si… ?… » — 19-20 JANVIER : Valéry va faire son cours au Collège de France, marchant dans la neige, et très fatigué. — 27 JANVIER : Il donne une lecture du Dialogue de l’Arbre, chez Christofle. — Ier MARS : Paul Valéry est renommé administrateur du Centre Universitaire Méditerranéen de Nice. — 8 MARS : Edition originale du Discours sur Voltaire. — 9 MARS : Valéry reprend son cours interrompu par un mauvais état de santé. — 16 MARS : Il assiste à un dîner donné en l’honneur de Charles Morgan. — 4 AVRIL : Sur la couverture du cahier qu’il commence à ce jour, il dessine un arbre, avec cette légende : « … Où l’Arbre risque un pas… » et plus bas « Maladetta Primavera ». — 17 AVRIL : Une des Ebauches de Mon Faust, Le Solitaire, est donnée à la Comédie-Française. — 8 MAI : On fête la Victoire. — Valéry, déjà très souffrant, dit qu’il passe « une matinée d’enfer… ». — 9 MAI : Il doit déjeuner chez Pierre Brisson avec T. S. Eliot. On vient le chercher rue de Villejust, avec Gide qu’il n’a pas revu depuis 1942 : « Surprise… Un choc

aussi… On s’embrasse en bas{333}… » — 12 MAI : Dans Carrefour paraissent quelques lignes de Paul Valéry intitulées Ultima Verba, qui se terminent ainsi : « Que le jour ne luise jamais où le souvenir de ce jour de Victoire puisse apporter une amertume et un retour funeste vers la présente joie : que jamais, revivant ce qui est aujourd’hui ne te vienne à l’esprit cette

lourde parole : A quoi bon{334} ? » — 15 MAI : Edition du Discours sur Bergson. — 19 MAI : Dernière sortie de Paul Valéry, pour la première communion de sa petite-fille Martine. — 21 MAI : Il lit à son ami le prince Pierre de Monaco, le poème de L’Ange qu’il vient d’achever, l’ayant commencé en 1922. — 23 MAI : « Sub signo doloris » porte le dernier cahier de Valéry, qui débute avec « une dure crise ». — 27 MAI : Il note : « Où je me résume… J’ai la sensation que ma vie est achevée, c’est-à-dire que je ne vois rien à présent qui demande un lendemain. Ce qui me reste à vivre ne peut plus être désormais que du temps à perdre. Après tout, j’ai fait

ce que j’ai pu{335}… » — 31 MAI : Il s’alite pour ne plus se relever. — JUIN OU JUILLET : Pâles au crayon, ses derniers mots écrits : « Toutes les chances d’erreur. Pire encore, toutes les chances de mauvais goût, de facilité

vulgaire sont avec celui qui hait{336}. » Et « Le mot Amour ne s’est trouvé associé au nom de Dieu que depuis le Christ. » — 20 JUILLET : Paul Valéry meurt à neuf heures du matin. — Le général de Gaulle insiste pour que soient célébrées des obsèques nationales. — 24 JUILLET : Enterrement à Saint-Honoré-d’Eylau. Le soir, le cercueil est porté par des gardes municipaux, de la place Victor-Hugo au Trocadéro, à la lueur étrange de torches. Il est placé sur un catafalque drapé aux couleurs françaises, entre les deux monuments du Palais de Chaillot. Le Panthéon, dans Paris, est seul éclairé. Des étudiants veillent, et la foule défile toute la nuit. — 25 JUILLET : Cérémonie place du Trocadéro. Discours et honneurs militaires. — 27 JUILLET : Paul Valéry est enterré au Cimetière Marin, à Sète. Sur sa tombe ses vers : « O récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme

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