Le pouvoir rhétorique
Conclusion
Elle a, finalement, livré tous ses secrets. La formule magique, le Graal rhétorique : l’équation des émotions. Tout commence, nous l’avons vu, par leurs sources. Les affects n’émergent pas du néant. Il va donc nous falloir, en premier lieu, apprendre à sélectionner les informations que nous choisissons de dévoiler, afin d’exploiter ce que la situation peut avoir d’émouvant. Apprendre à cadrer le contexte, cependant, ne sera généralement pas suffisant. C’est par notre discours que nous parviendrons à induire des affects. Et pour cela, trois vecteurs s’offrent à nous. Le premier : utiliser nos propres émotions, pour tirer parti du phénomène de contagion. Le deuxième : assigner des émotions à l’auditoire, en maniant le principe de suggestion. Le troisième enfin : façonner les émotions par nos paroles, arranger les mots et les sons en une véritable invocation. À cette fin, nous pourrons compter sur quatre redoutables procédés : la matérialisation, la description, l’amplification et la métaphorisation. Enfin, si nous désirons amplifier les effets produits sur notre auditoire, nous n’aurons qu’à nous appuyer sur un outil simple mais crucial : la surprise, qui permet de focaliser l’attention des auditeurs, de mettre en valeur une émotion et d’en décupler l’efficacité.
Il restera encore une dernière étape. Si les émotions seules peuvent déjà porter nos propositions, voire susciter l’adhésion, elles ne seront pas toujours suffisantes pour achever la conversion. Il nous faudra, alors, savoir inciter à l’action. Pour cela, nous pourrons nous appuyer sur l’un des trois principaux pivots émotionnels : proposer une solution pour répondre à une peur, présenter les conditions de réalisation qui permettront de donner corps à un espoir, inciter à une mobilisation qui servira d’exutoire à une indignation.
Enfin, une fois toutes ces étapes franchies, et l’émotion forgée, se posera la question de l’utilisation que nous en ferons. Chercherons-nous à susciter une prise de conscience, afin que nos auditeurs aient accès à une réalité qu’ils ne pouvaient se représenter ? Ou bien, viserons-nous à créer les conditions d’une saturation de conscience, pour entraver leurs capacités à nous résister ? C’est ici que se trouve la démarcation entre la rhétorique et l’éthique. Utiliserons-nous les affects comme un support légitime à notre argumentation, ou comme un outil de manipulation ? Il appartiendra à chacune et chacun d’entre nous, en son âme et conscience, d’en décider.
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