Le pouvoir rhétorique
II - Vers une définition
La rhétorique, c’est donc l’art de convaincre. À première vue, rien de plus élémentaire. Mais comment définir, exactement, la conviction ? Où se situent ses frontières avec les autres domaines dont elle semble proche : l’éloquence, la négociation et, même, la manipulation ? Voilà toutes les questions qu’il nous faut, avant tout autre chose, élucider. En commençant par le commencement : dire de la rhétorique ce qu’elle n’est pas.
1 - DE LA STYLISTIQUE ?
Au milieu du e XX siècle, Chaïm Perelman réhabilite la rhétorique comme véritable art de convaincre. Elle continue pourtant, à ce jour, d’être ramenée au stéréotype de ce qu’elle a longtemps incarné : l’étude obsessionnelle des figures de style. Si bien que, lorsque l’on évoque la rhétorique, nos interlocuteurs s’attendent à être assaillis de mots barbares tels que « épanalepses, zeugmes ou chleuasmes ». Ils n’ont qu’en partie raison.
Il est vrai que les figures de style sont des outils fréquemment mobilisés par la rhétorique. Mais elles ne sont que cela, justement : des outils. Au contraire de la stylistique, la rhétorique ne s’intéresse pas à l’étude littéraire pour elle-même. Peu importe, au fond, d’être capable de distinguer une métonymie d’une synecdoque, une allitération d’une assonance. Ce qui compte, pour nous, c’est de connaître les effets argumentatifs produits par ces figures. Comprendre en quoi elles ont un impact sur les auditeurs. La rhétorique utilise les procédés stylistiques, mais ne s’y réduit pas. Elle les mobilise au profit d’un projet bien spécifique : convaincre.
Cette précision entraîne deux conséquences pratiques. Premièrement, les lecteurs et lectrices ne trouveront, dans les pages qui suivent, aucune section consacrée spécifiquement aux figures de style. Elles seront mentionnées au fil des développements, comme un type d’outils parmi bien d’autres. Deuxièmement, par souci de clarté et de pédagogie, nous avons fait le choix de réduire au maximum la complexité des classifications. Chaque fois que cela sera possible, les figures dont les effets argumentatifs sont similaires seront englobées sous une même désignation générique. Ainsi, toutes les analogies pivotant sur un seul mot seront par exemple regroupées sous leur appellation la plus courante : celle de « métaphore ». Nous avons conscience que, aux yeux des professeurs de littérature les plus tatillons, une telle initiative s’apparentera à de la sauvagerie. Mais précisément : ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la technicité stylistique. Mais bien l’efficacité rhétorique.