Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 123 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

2 - Les raisonnements inductifs : exemples et montée en généralité

Commençons par ce que, jusqu’à présent, nous étions parvenus à éviter : les fondements de ce que l’on nomme aujourd’hui la logique informelle, c’est-à-dire celle avec laquelle nous raisonnons au quotidien. Il s’agit d’un passage traditionnel et, avouons-le, rébarbatif des traités de rhétorique. Il est toutefois nécessaire de s’y confronter, si l’on désire comprendre en quoi les sophismes constituent bien une violation des règles les plus élémentaires de l’argumentation. Pas d’inquiétude : nous ferons au plus court.

Au cœur de la logique informelle, se trouve une interrogation à la fois élémentaire et passionnante : comment faisons-nous pour construire, jour après jour, notre pensée ? Par quelles opérations de l’esprit parvenons-nous à élaborer des conclusions nouvelles, à partir de connaissances anciennes ? La réponse est simple : nous déployons des raisonnements. Ce sont eux qui nous permettent de forger des savoirs et des jugements bien établis, en lesquels nous pouvons avoir confiance, au moins dans une certaine mesure. À cette fin, nous pouvons suivre deux voies : l’induction et la déduction.

 

2 - LES RAISONNEMENTS INDUCTIFS : EXEMPLES ET MONTÉE EN GÉNÉRALITÉ

 

Les raisonnements inductifs consistent à bâtir des conclusions générales à partir d’observations particulières. Nous partons de faits, en étudions la régularité, prenons en compte les probabilités, et en dégageons un enseignement. Toute la difficulté consiste, bien sûr, à savoir dans quelle mesure notre montée en généralité sera solide et fondée.

ÉTUDE DE CAS : Mon fils de seize ans m’annonce, un matin, qu’il désire devenir joueur de basket professionnel. Problème : il mesure 1 m 72. Et ne grandit plus depuis quelques mois. De toute évidence, la génétique le disqualifie. Mais comment vais-je l’en convaincre ? Je ne peux me contenter de lui asséner : « Enfin, tu es trop petit pour devenir basketteur ! » Crise d’adolescence oblige, cela ne ferait que l’encourager. Autre option, à peine meilleure : « Tu te souviens de ton oncle Joseph, qui jouait en club ? Il mesure plus de deux mètres ! Tu es trop petit ! » Mon fils me rétorquerait que le monde ne se limite pas à Joseph, et il serait difficile de lui donner tort. Troisième possibilité : « Tu as vu les matchs de la NBA à la télévision ? Tous les joueurs sont immenses ! Tu es trop petit ! » Voilà qui est soudain plus impactant. Une simple requête sur mon smartphone me permettrait de porter le coup de grâce : « La taille moyenne des joueurs de la NBA est de 1 m 99 ! Tu peux jouer au basket, mais pas devenir basketteur ! » Ci-gisent les espoirs de mon fils.

 

DÉCRYPTAGE : Ici, nous nous sommes appuyés sur un ensemble d’observations de plus en plus larges, jusqu’à ce que notre argument apparaisse difficilement réfutable. Il est toujours possible de le rejeter, bien sûr. L’adolescent en question pourrait choisir de répondre « Eh bien je serai l’exception qui confirmera la règle ! » : il serait dans son droit, et l’avenir pourrait même lui donner raison. Lorsque nous déployons un raisonnement inductif, nous ne visons pas à dégager la vérité mais, comme pour toute argumentation, le probable et le préférable. Plus le corpus de faits considérés sera grand, plus la montée en généralité sera justifiée, et plus notre conclusion sera forte et établie. Nous retrouvons, ici, des observations que nous avions déjà rencontrées au moment d’examiner l’argumentation par l’exemple qui, la plupart du temps, n’est rien d’autre qu’un

raisonnement inductif fautif 5.