Le pouvoir rhétorique
VI - Répondre aux questions
Bien sûr, nous pourrons toujours tenter une défense de fortune. La plus évidente consisterait à dévoiler le caractère personnel de l’attaque, afin d’espérer en atténuer l’efficacité. Mais dans la mesure où nous aurons, par notre faute, exposé notre flanc à la contre-offensive, cette dénonciation perdrait une grande partie de son bien-fondé. Il n’existe donc qu’une véritable solution : éviter de nous placer dans une si mauvaise situation. Débattre avec panache, certes, et détermination, mais en restant prudents et concentrés. Ne jamais déblatérer avec légèreté. Les stratégies de débordement peuvent être terribles : nous ne voulons pas avoir à en payer le prix. Certaines carrières ont été stoppées en une seule repartie.
VI - Répondre aux questions
Nous sommes seuls, sur scène. La conférence s’est bien passée. Les auditeurs ont écouté attentivement, nos traits d’esprit ont fait mouche, la conclusion a été vivement applaudie. À l’invitation du présentateur, nous prenons place sur le fauteuil qui nous a été réservé pour la dernière séquence de la soirée : un échange avec le public. Quelques mains se lèvent, timides. Les premières questions fusent. Nous y répondons avec allant, en profitons pour glisser quelques précisions auxquelles nous avions dû renoncer dans notre présentation, faute de temps. Quand, soudain, tout bascule. Un individu obtient la parole. Manifestement, il connaît bien le sujet ; n’apprécie pas la manière dont nous l’avons traité ; et nous le fait remarquer. Il enchaîne les critiques, puis se rassied. Tous les regards sont désormais braqués sur nous. Une goutte de sueur dégouline le long de notre cou. Il va bien falloir répondre. Mais comment ?