Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 7 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

1 - L'éthique fondée sur les moyens de la conviction

Une première réponse, la plus simple, consiste à se situer à l’échelle des procédés rhétoriques. Nous chercherons alors à tracer une ligne entre les techniques qui seraient honorables, et celles qui ne le seraient pas. Comme nous le verrons plus loin, cela revient, en réalité, à opposer la conviction à la manipulation. Lorsque nous cherchons à convaincre, nous mobilisons des outils respectueux des personnes auxquelles nous nous adressons. Celles-ci restent capables de mettre à distance, interroger et, éventuellement, rejeter les propositions que nous leur soumettons. Lorsque nous cherchons à manipuler, au contraire, nous nous appuyons sur des procédés conçus pour assouplir, égarer, voire duper les facultés critiques des individus qui nous écoutent. Ceux-ci ne sont plus en capacité d’évaluer pleinement et sereinement les propositions dont nous les assaillons. Ils ne peuvent donc plus, ou du moins plus totalement, s’en défendre. Si nous fondons notre éthique sur les moyens de la conviction, nous allons chercher en toutes circonstances à préserver le libre arbitre de nos auditeurs. Nous ne mobiliserons jamais, sous aucun prétexte, des procédés manipulatoires. Aucune fin ne justifiera des moyens déshonorables.

Une telle solution pourrait sembler inébranlable. Elle souffre pourtant d’une limite majeure : il est difficile d’établir une distinction claire entre les procédés qui relèvent de la conviction, et ceux qui tombent dans la manipulation. La frontière qui les sépare, nous le verrons, ressemble davantage à une large bande grise qu’à une belle ligne rouge. Comment savoir, dès lors, si les moyens que nous mobilisons sont éthiques ? La réponse est sans appel : nous n’en sommes jamais certains. Cela ne signifie pas, pour autant, qu’il faille se résoudre à abandonner définitivement une éthique de l’orateur fondée sur les moyens. Nous devons simplement avoir conscience de ce qu’elle implique : la nécessité de composer avec les incertitudes qu’elle charrie. Mais également, avec les interrogations qu’elle soulève.