Le pouvoir rhétorique
Conclusion
La rhétorique ne se résume pas à la faculté de déployer une argumentation. L’image que nous renvoyons, la confiance que nous suscitons, voire la fascination que nous exerçons, participent également à emporter la conviction. C’est l’intuition qu’avait eu Aristote, pour qui l’ethos était une dimension essentielle du discours. La recherche en a depuis apporté confirmation : indubitablement, l’apparence doit être prise en considération.
Partant de là, comment faire pour optimiser au mieux l’impact de notre image ? La psychologie cognitive et sociale, à travers l’étude de ce qu’on a appelé « l’effet de halo », nous donne les premières clés. La forme de notre visage, notre taille, notre voix, notre beauté, concourent à déterminer de quelle manière les autres nous perçoivent et se comportent à notre égard. Mais comment agir sur ces variables qui, dans une très large mesure, font partie intégrante de l’humain que nous sommes ? C’est ici que la rhétorique entre en jeu. Par notre façon de nous tenir, de nous vêtir et de nous exprimer, nous pouvons contribuer à forger notre image. Il nous faut, pour cela, prêter attention à deux composantes en interaction. L’ethos préalable, dont nos auditeurs ont connaissance avant même que nous nous exprimions. Mais que nous allons pouvoir renforcer, modifier ou corriger par notre ethos discursif, que nous forgeons de nous-même au travers de notre intervention. Ce travail de l’image par le discours doit être guidé par trois attributs généraux, qu’il nous faut parvenir à cultiver : paraître sincères, compétents et séduisants.
Un dernier mot, capital, sur l’importance du temps long. Forger son ethos, c’est l’œuvre d’une vie. Un trésor amassé pièce par pièce, au fil des années. Si nous en prenons soin, il peut même devenir plus que cela : un véritable Graal rhétorique, capable de convaincre sans même que nous ayons à argumenter. Mais soyons de la plus grande vigilance. Cette fortune consciencieusement accumulée, un instant suffit pour la dilapider. Une déclaration malheureuse, une action irréfléchie, une prise de position inconsidérée, et c’est toute notre image qui peut en être dévastée. Parfois même, à jamais. Lorsque nous nous lançons dans une entreprise de conviction, pensons toujours, donc, à nous demander quelles répercussions elle risque d’avoir sur notre ethos. Le préserver devrait être notre absolue priorité.
Tout ceci pourrait sembler incroyablement frivole. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Se soucier de son image, ce n’est pas seulement du narcissisme. C’est aussi de la rhétorique.
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