Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 96 sur 164

Pages du PDF

Le pouvoir rhétorique

IV - Montrer et assigner des émotions

Les faits, au fond, sont telles des pierres précieuses. Ils demandent à être taillés avec soin, si l’on désire en révéler les surfaces rutilantes. Celles qui, prenant la lumière jusqu’à en éblouir notre auditoire, ne donnent plus à distinguer qu’un seul reflet de la réalité : celui que nous avons choisi de montrer. L’art du cadrage, en rhétorique, consiste à ne dire que ce que nous voulons laisser voir, et taire ce qui doit demeurer dans l’obscurité. Cela ne sera pas assez, toutefois, pour émouvoir. Pas encore. Élaborer le cadrage de l’événement n’était qu’un préalable. Nous devons maintenant l’arranger en mots, en sons et en mouvements. Révéler l’émotion au grand jour, par un discours cristallin. Nous avons taillé notre joyau. Il reste à façonner son écrin.

 

IV - Montrer et assigner des émotions

 

Il est temps, enfin, d’envisager la grande énigme. Celle des mots qui transportent, empoignent et enivrent. L’art d’attiser les passions à la seule force d’une déclaration. La rhétorique des émotions. Nous allons voir que, pour les mobiliser, nous pouvons nous appuyer sur trois vecteurs différents :

les montrer, les assigner, les invoquer 23.

Nous examinerons d’abord les deux premiers, qui ont en commun de reposer sur une induction plus ou moins directe des affects. Nous nous pencherons ensuite sur le troisième vecteur, qui consiste à façonner les émotions de manière beaucoup plus implicite, en travaillant la matière même de notre discours.