Le pouvoir rhétorique
II - Un dilemme éthique
À partir de là, il n’existe qu’une seule solution : la transmission. Nous ne pourrons jamais parler de véritable démocratie sans une mise en commun de la rhétorique. Une fois son enseignement généralisé, tous les citoyens deviendraient capables de défendre leurs points de vue et de se prémunir contre les discours. Ils sauraient comment convaincre, et quand accepter de se laisser convaincre. Ils disposeraient, enfin, d’une chance égale de faire triompher leurs idées, leurs propositions et leurs valeurs. La rhétorique deviendrait le fondement d’une saine compétition démocratique, et non plus l’instrument d’une implacable domination politique. La rhétorique démocratique est une rhétorique partagée.
II - Un dilemme éthique
Si l’on veut donner corps à l’idéal démocratique, il est donc nécessaire de partager la rhétorique. Or, dès lors que nous y puisons du pouvoir, nous en retirons également une responsabilité : celle de l’utiliser à bon escient. C’est une chose d’apprendre à convaincre, à peser et à influencer. Mais cela signifie-t-il, pour autant, être légitime à imposer sa volonté par tous les moyens, en chaque instant ? Et dans ce cas, où situer la frontière ? Comment distinguer entre les rhétoriques acceptables et inacceptables ? Toutes ces interrogations rejaillissent, de surcroît, sur ceux qui enseignent cette discipline. Faut-il transmettre l’ensemble du savoir, ou ne laisser circuler que les procédés honorables ? Doit-on chercher à la diffuser largement, ou tenter d’en priver les individus malveillants ? La rhétorique, on le voit, nous entraîne de manière inexorable vers de redoutables dilemmes éthiques. Ils sont susceptibles de recevoir trois solutions. 1 - L’ÉTHIQUE FONDÉE SUR LES MOYENS DE LA CONVICTION