Le pouvoir rhétorique
IV - Conclure avec panache
ÉTUDE DE CAS : Je suis en réunion professionnelle, entouré de cinq collègues et de mon directeur. Celui-ci me passe la parole : « Cher ami, pouvez-vous nous faire le point sur les formations en éloquence ? » Décidant d’appliquer à la lettre mes propres techniques, je laisse passer un silence pesant, puis enchaîne abruptement : « Deux sur trois... deux sur trois, c’est le taux d’appel d’offres que nous perdons chaque mois. Il faut absolument que nous fassions mieux… » Autour de la table, mes collègues me regardent, éberlués. Manifestement, mon effet tombe à plat : je pensais nimber mon intervention de mystères, il semblerait que j’aie plutôt suscité du désarroi. Je réalise alors que, pour m’éviter une telle déconvenue, il aurait suffi d’une courte adresse préalable : « Bien sûr, monsieur le directeur : c’est en effet un sujet important… (silence)… Deux sur trois... deux sur trois, c’est le taux d’appel d’offres que nous perdons chaque mois… »
DÉCRYPTAGE : L’adresse préalable peut prendre bien des formes, selon les contextes. De la moins formelle : « Je suis bien content que tu me poses la question ! » À la plus protocolaire : « Merci beaucoup, monsieur le Président. Madame la ministre, monsieur le maire, mes chers collègues, mesdames, messieurs… » Elle constitue, au fond, un concentré de politesse. En une phrase, elle permet de remercier les personnes qui doivent l’être, et de prévenir toutes les autres que nous nous apprêtons à parler. Nous n’avons plus ensuite qu’à laisser passer un silence court – mais crucial – avant d’enchaîner sur notre ex abrupto. L’effet produit sera exactement celui que nous recherchons : dynamique, sans être brutal. Bien sélectionnée, bien forgée, notre accroche est prête. C’est ici que commence notre entreprise de conviction.
IV - Conclure avec panache