Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 121 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

Chapitre 7 - Reconnaître la tromperie

CHAPITRE 7

 

 

Reconnaître la tromperie

 

« Ces gentillesses d’esprit, ces galanteries ingénieuses, à qui le vulgaire

ignorant donne le nom de fourberies 1. » On peut comprendre que Scapin, l’un des personnages les plus malicieux de Molière, s’offusque du qualificatif apposé à son habileté rhétorique. Et pourtant : égarer ses interlocuteurs, duper ses auditeurs, utiliser le langage pour tromper et enjôler, ce sont bien là des fourberies. Telle est l’avant-dernière étape de notre voyage. La plus ténébreuse d’entre toutes. Préparons-nous, car nous entrons dans le domaine des raisonnements manipulatoires et des arguments erronés. L’art trouble de la déloyauté.

Il s’agit, bien sûr, d’une question essentielle. Il existe, nous le verrons, des argumentations si insidieuses qu’elles en déforment la réalité, nous la donnent à voir sous des abords trompeurs et mensongers. Si nous ne sommes pas capables de les repérer, ces procédés risquent de pervertir notre pensée ; nous pousser à accepter, sans discussion, des propositions que nous aurions dû considérer avec plus de circonspection ; éventuellement même, qui sont contraires à notre intérêt. Bref : ce que les arguments déloyaux menacent, c’est bien la liberté de nous forger un jugement éclairé.

Nous commencerons par étudier en détail les principaux arguments fallacieux auxquels nous risquons d’être confrontés, avant d’envisager un outil anodin en apparence, mais délétère par ses conséquences : l’utilisation de concepts mobilisateurs.