Le pouvoir rhétorique
3 - La relativisation
Il arrive cependant que nous soyons confrontés à des faits accablants dont l’intentionnalité fait peu de doute. Nous n’aurons alors d’autre choix que de passer à la troisième stratégie de défense.
3 - LA RELATIVISATION
La dernière stratégie de défense est aussi la plus risquée : c’est la relativisation. Elle implique de reconnaître que nous sommes coupables des accusations qui pèsent sur nous. Mais nous allons immédiatement les placer en vis-à-vis d’autres faits, plus lourds encore. Par contraste, nos propres torts paraîtront dérisoires, insignifiants, excusables. Notre ligne de défense se résume alors à : « Ce n’est pas vraiment grave. »
ÉTUDE DE CAS (SUITE) : Je pensais être arrivé au bout de mes peines. Je m’étais trompé. À la suite de mes aveux, le parquet financier a ouvert une information judiciaire. En utilisant leurs appuis diplomatiques, les enquêteurs ont retrouvé la trace d’un autre compte à l’étranger, que je pensais avoir beaucoup mieux dissimulé. Hélas, j’avais continué à l’alimenter jusqu’à très récemment. Impossible, donc, de continuer à invoquer le prétendu financement d’une hypothétique campagne de mon ancien mentor… C’est désormais devant un tribunal que je vais devoir me défendre. J’ai abandonné tout espoir d’être innocenté. Mon seul objectif, c’est d’éviter une peine de prison ferme. D’une voix tremblante je m’adresse ainsi aux juges : « J’ai commis une faute, je l’avoue. J’avais une part d’ombre. Elle a été découverte. Mais qui, ici, n’a jamais commis d’erreur ? Qui n’a jamais connu, au moins une fois, cette spirale du mensonge, que l’on regrette amèrement, sans parvenir pour autant à s’en extraire ? Alors oui ! J’ai fraudé. J’ai payé moins d’impôt que je ne l’aurai dû. Mais la fraude fiscale, parlons-en ! Chaque année, des milliardaires font passer à l’étranger des dizaines de millions d’euros. Et lorsqu’ils sont attrapés, que leur arrive-t-il ? Une tape sur la main, voilà tout ! À côté de telles sommes, ma propre faute ne représente même pas une goutte d’eau. Et c’est moi qui devrais aller en prison ? Alors oui, faites-moi payer. Je le mérite. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas être traité injustement. »