Le pouvoir rhétorique
3 - Privilégier la clarté et la concision
DÉCRYPTAGE : Dans cette situation, nous ne pourrons évidemment pas nous contenter de répéter notre argument en boucle. Si nous ne voulons pas donner l’impression de radoter, il nous faudra introduire sans cesse de nouvelles variations : diversifier nos formules, convoquer de nombreux exemples, forger des métaphores, trouver des citations… De cette capacité à renouveler notre argumentation dépendront nos chances d’emporter la conviction. Employer un seul argument n’implique pas de ne dire qu’une seule chose !
3 - PRIVILÉGIER LA CLARTÉ ET LA CONCISION
Lorsque nous préparons le plan d’une intervention, nous avons généralement deux exigences à l’esprit : l’exhaustivité et l’élégance. Nous voulons être sûrs de tout dire, sans rien oublier ni laisser de côté. Nous cherchons également à organiser nos idées avec originalité, afin de marquer les esprits par la finesse de notre pensée. Aussi louables qu’ils paraissent, de tels objectifs se révèlent délétères.
« Il semble que la perfection soit atteinte, non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher », disait Antoine de Saint-
Exupéry 3. Ce précepte s’applique à la rhétorique avec une importance toute particulière. Que notre intervention soit trop longue, et nous perdrons l’attention des auditeurs. Encombrée de développements superflus, et nous éclipserons les points essentiels. Délayée ou redondante, et nous susciterons l’ennui. Au contraire, plus notre argumentation sera ramassée, resserrée, condensée, et plus elle en sera percutante, incisive, mémorable. Lorsque nous préparons le plan de notre intervention, il faut donc lutter contre notre tendance naturelle à tendre vers l’exhaustivité, pour viser au contraire la concision. Dire tout ce qui est nécessaire, mais seulement ce qui est nécessaire. Bien sûr, nous devons également nous garder de l’excès inverse. Si notre argumentation est trop dense, elle risque d’être mal comprise et difficilement acceptée. Mais le plus souvent, c’est plutôt par surabondance que les oratrices et orateurs ont tendance à pécher. Aussi pouvons-nous retenir ce conseil : en règle générale, moins nous serons longs, et plus nous serons convaincants.
« La simplicité est la sophistication suprême », disait Léonard de Vinci. Là aussi, ce conseil trouve un écho tout particulier en ce qui concerne la structuration de notre argumentation. Lorsque nous travaillons notre plan, nous pouvons être tentés de nous détourner des architectures trop classiques ou évidentes, pour chercher la complexité ou l’originalité. Ce faisant, nous nous méprenons sur le rôle même du plan en rhétorique. Sa principale vertu n’est pas d’impressionner ceux qui nous écoutent. Mais de les guider. Notre objectif premier devrait être de minimiser les efforts que nos auditeurs ont à fournir pour se repérer dans notre propos, comprendre l’articulation de notre pensée et saisir la logique de notre raisonnement. L’élégance, la sophistication, la singularité viendront après. Dans le choix des figures, le ciselage des formules, l’inventivité des exemples. Mais en ce qui concerne le plan, c’est la clarté que nous devrions viser. Moins nos auditeurs auront de difficultés à nous comprendre, et plus nous aurons de chances de les convaincre.