Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 77 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

1 - Plus on s'affirme, plus on triomphe des réticences

Il n’en va pas de même lorsque nous nous situons dans une perspective rhétorique. Dès lors que notre objectif n’est plus seulement de transmettre une information, mais bien d’emporter la conviction, la question de la modalisation se pose en des termes stratégiques. Il ne s’agit plus, ou du moins plus seulement, de dire les faits avec justesse et conformité. Mais également, de formuler nos arguments et nos demandes avec efficacité.

Parce qu’elle est complexe et offre d’infinies variations, la question du dosage de la modalisation au sein de l’argumentation peut difficilement être traitée de manière exhaustive. Nous nous contenterons donc d’envisager deux règles générales, qui, c’est toute la difficulté, fonctionnent souvent de manière contradictoire.

 

1 - PLUS ON S’AFFIRME, PLUS ON TRIOMPHE DES RÉTICENCES

 

Première règle en matière de modalisation : « Plus on s’affirme, plus on triomphe des réticences. » Ou, pour le dire plus clairement : lorsque nous paraissons convaincus, nous en devenons convaincants. Cela peut sembler aller de soi, mais doit tout de même être rappelé. Plus nous présentons un argument comme important, et les faits sur lesquels il repose comme vrais ou probables, plus nous lui donnons du poids, et plus il acquiert de l’efficacité sur nos auditeurs. À l’inverse, plus nous présentons nos énoncés comme douteux, incertains ou secondaires, et moins ils seront susceptibles d’avoir de l’impact et d’emporter la conviction.

 

ÉTUDE DE CAS : Lors d’une pause autour de la machine à café, la discussion se porte sur les nouvelles limitations de vitesse décidées par le gouvernement. Je prends la position suivante : « Moi, je suis plutôt pour. Après tout, si rouler moins vite sur l’autoroute pouvait nous permettre de sauver quelques vies, cela me semble acceptable, non ? » Un de mes collègues réplique instantanément : « Mais enfin, pas du tout ! L’immense majorité des accidents mortels n’ont justement pas lieu sur l’autoroute ! Tout ceci, c’est encore une décision absurde, prise par un technocrate quelque part dans un bureau ! » Autour de moi, les autres personnes hochent la tête de manière approbatrice. Je m’empresse de changer de sujet.