Le pouvoir rhétorique
II - Les fondements de la stratégie
Nous aimerions que le débat contradictoire soit une partie d’échecs. Les orateurs développeraient leur pensée comme les joueurs déplacent leurs pions : soigneusement, après avoir envisagé toutes les options. Les arguments se répondraient rationnellement, telles des pièces en mouvement sur des cases identiques en proportion. Mais il n’en est rien. Car les échecs ne sont que le jeu de la guerre, réglé et codifié. Le débat, en revanche, est une véritable bataille, organique, mouvante, désordonnée. C’est l’humain qui se trouve au centre de l’échiquier. Aucune loi ne s’y applique, du moins, aucune qui ne puisse être transgressée. Dans ce bouillonnement rhétorique, il est impossible de prédire ce qui va se passer. Seule l’incertitude y est constante.
Pour autant, cela ne signifie pas que nous soyons condamnés à errer dans la brume, improvisant nos reparties au gré des circonstances et de l’inspiration. Il est possible de suivre une stratégie, qui se décline le long de quelques grandes lignes de conduite. Dix-huit, pour être précis. Celles-ci se répartissent en quatre grands thèmes : l’attaque, la défense, le débordement, et les fondamentaux. C’est par ces derniers que nous allons commencer.