Le pouvoir rhétorique
III - Les mots artificieux
Il en va très différemment si nous disons quelque chose comme : « Bien sûr que je peux conduire en ayant bu ! Je le fais depuis dix ans, je n’ai jamais eu d’accident ! » Ce qui impose de traiter cet argument avec moins de bienveillance, c’est que de nombreuses études ont démontré un risque d’accident dramatiquement accru sous l’emprise de l’alcool. Le danger est réel : nous avons simplement eu de la chance de manière répétée. Ce qui rend l’argument sophistique, c’est le fait de prétendre que, parce qu’un événement probable ne s’est pas encore produit, il ne se produira jamais. Hélas, les familles endeuillées ne le savent que trop bien : 100 % des chauffards morts sur la route n’ont eu, dans leur vie, qu’un seul accident
mortel 13.
Reste bien sûr, comme nous l’avons vu précédemment, à nous entendre sur le sens du mot « probable ». Un dernier exemple : « Aucun accident nucléaire n’a eu lieu en France : pourquoi voudriez-vous qu’on arrête les centrales ? » Cet argument est-il sophistique ? Certains mettront en avant le fait que le risque est extrêmement faible : ils répondront non. D’autres attireront l’attention sur le fait que le danger est extrêmement grave : ils répondront oui. Les sophismes sont, parfois, affaire de point de vue.
III - Les mots artificieux
Il nous reste à envisager un ultime procédé. Une élégante perfidie, moins anodine qu’il n’y paraît : l’utilisation de concepts mobilisateurs. À la différence des sophismes, qui pervertissent la logique en des raisonnements spécieux, ceux-ci s’infiltrent jusqu’au cœur du langage, pour en corrompre ce qu’il a de plus précieux : ses mots.