Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 56 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

3 - Composer une accroche adaptée à la situation

Le trait d’humour  : « Quand un couple marié depuis dix jours a l’air heureux, on sait pourquoi. Quand un couple marié depuis dix ans a l’air heureux… on se demande pourquoi ! Eh bien, Camille, Dominique, je vais vous dire : je crois que personne, parmi nous, ne sera étonné de vous voir aussi heureux dans dix ans que ce soir ! »

Terminons avec l’accroche qui pourrait paraître la plus évidente : le trait d’humour. Alors, certes : lorsqu’il est couronné de succès, nous ne récoltons pas seulement les rires de nos auditeurs. Nous gagnons aussi leur bienveillance, leur attention et, même, leur sympathie. Mais dans le cas contraire ? Si d’aventure nous connaissons ce que tous les humoristes redoutent : un fiasco ? Nous aurons commencé notre intervention de la manière la moins flatteuse qui soit. Pour cette raison, mieux vaut être prudent avec l’utilisation de l’humour en guise d’accroche. Il pourrait être plus sage de laisser passer quelques phrases, avant de tenter de décocher un trait. Nous pourrions ainsi préparer le terrain et mettre de notre côté toutes les chances d’atteindre notre cible. Quand bien même nous échouerions, ce ne serait alors pas un drame. Une fois la complicité établie avec nos auditeurs, il existe mille manières de retourner cette situation à notre avantage – la plus simple étant l’autodérision. En revanche, en tout début d’intervention, nous risquons d’avoir à encaisser le coup. Et il est brutal.

 

3 - COMPOSER UNE ACCROCHE ADAPTÉE À LA SITUATION

Il existe donc un grand nombre d’exordes ex abrupto différents, qui peuvent nous permettre de capter l’attention des auditeurs dès nos premiers mots. La question qui se pose, dès lors, est celle du choix : parmi ces nombreuses options, sur laquelle allons-nous jeter notre dévolu ? La réponse dépend en grande partie du contexte.

Les accroches par question rhétorique ou par suspension simple sont souvent adaptées aux situations peu formelles : prises de parole en réunion, interventions face à un petit nombre de spectateurs, mais aussi billets de blog ou vidéos postées sur les réseaux sociaux. Les accroches par appel à l’imaginaire, question directe ou suspension filée, en revanche, s’accordent plutôt avec des contextes magistraux : conférences, discours, tables rondes. Les accroches par citation, narration ou métaphorisation sont, quant à elles, très flexibles : travaillées de la bonne manière, elles peuvent convenir à un vaste éventail de situations différentes. Les accroches par description, contre-intuition et provocation, enfin, sont à manipuler avec grande prudence : elles exigent, avant tout, une oratrice ou un orateur capable de délicatesse. Dans les faits, nous parviendrons presque toujours à trouver un ex abrupto qui soit adapté à la fois au contexte, à notre propos et à nos goûts. Il y a donc peu de raison de recourir à l’ennuyeuse accroche descriptive – à l’exception de cas spécifiques, notamment les situations très informelles ou, au contraire, protocolaires.

Encore nous faut-il être capable de déployer ce type d’accroche correctement. Bien souvent, en particulier lorsque nous nous exprimons à l’oral, il est délicat de commencer notre intervention de manière totalement abrupte. Nous risquerions de brusquer notre auditoire, et de susciter de la gêne. Cela ne signifie pas pour autant que, dans une telle situation, nous soyons contraints de renoncer à une accroche ex abrupto. Nous allons simplement la faire précéder d’une phrase d’adresse préalable, extrêmement brève, qui n’aura d’autre but que de préparer nos auditeurs à accueillir notre parole.