Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 134 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

I - Les principes de la compétition

 

Alors certes, il y a les querelleurs professionnels, les bagarreurs chevronnés, les empêcheurs de tourner en rond. Ils accueillent le débat avec délectation, quand ils ne le provoquent pas intentionnellement. La joute verbale est leur jouissance. Et puis, il y a les autres, les plus nombreux, chez qui elle soulève plutôt de la réticence. Ne serait-il pas possible, dès lors, de se contenter de l’éviter ? Pourquoi apprendre à combattre si l’on n’entend pas engager le combat ? C’est que, parfois, nous n’avons pas le choix.

L’escrime oratoire n’est nullement réservée aux avocats, aux polémistes et aux politiciens. Que cela nous plaise ou non, elle est notre lot commun. Un collègue s’oppose à notre proposition durant une réunion : nous allons devoir lui répondre, montrer notre supériorité, et laisser le patron trancher. Un ami propose d’aller randonner dans les montagnes : il va bien falloir prendre la défense de la plage, vanter les mérites de l’oisiveté, et accepter de voir le reste du groupe décider. Un importun nous prend à partie dans une soirée : que faire sinon contre-attaquer, exposer sa fatuité, et nous

couvrir de gloire 2. Régulièrement, le débat vient à nous. Nous ne pourrons pas toujours nous dérober : il faudra apprendre à nous y confronter et, quand bien même nous n’aspirons qu’à la tranquillité, faire nôtre la fameuse devise latine : « Si vis pacem, para bellum. » Si tu veux la paix, prépare la guerre.

Pour nous orienter au sein de ces débats compétitifs, nous allons devoir commencer par en comprendre le fonctionnement. Non point les règles, car il n’y en a pas. Mais plutôt : les principes. Il faudra toujours les avoir à l’esprit : ils conditionneront, par la suite, toute notre stratégie.