Le pouvoir rhétorique
Chapitre 5 - Mobiliser les émotions
CHAPITRE 5
Mobiliser les émotions
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Lorsque Blaise Pascal formule cet aphorisme philosophique, c’est avant tout pour évoquer le mystère de la foi en Dieu. Mais certaines idées ont un pouvoir d’évocation tel, qu’elles en viennent à résonner bien au-delà de la sphère où elles sont nées. C’est ainsi que, dans un retournement singulier, certains tourtereaux déboussolés par les sentiments qui les traversaient ont pu trouver, dans cette pensée, une métaphore lumineuse de la passion amoureuse. En tant qu’oratrices ou orateurs, il nous revient désormais de nous en emparer. Si nous avons à cœur d’emporter la conviction, nous devons nous faire une raison : nous ne pourrons pas toujours nous reposer sur notre argumentation. Il faudra aussi, parfois, susciter des émotions.
Aristote, déjà, considérait le pathos comme une dimension constitutive de la rhétorique. Pour lui, il était à la fois légitime et nécessaire de s’appuyer sur les affects de l’auditoire pour le convaincre. Depuis, cette question s’est doublée d’une inextricable dimension éthique. Lorsque l’on accole conviction et émotions, d’autres termes rôdent, tout proches. La persuasion. Voire la manipulation. Une question surgit, dès lors : arracher l’adhésion en s’adressant aux affects plutôt qu’à l’intellect, est-ce acceptable ? Pour le savoir, nous allons devoir voyager loin, nous aventurer sur le terrain de la psychologie cognitive, étudier le fonctionnement du cerveau, et interroger jusqu’au concept même de « raison ». Ce n’est que dans un second temps que nous pourrons, en pratique, apprendre à utiliser les émotions comme un outil au service de la conviction.