Le pouvoir rhétorique
5 - Des procédés implicites à l'influence inconsciente
DÉCRYPTAGE : Nous retrouvons, une nouvelle fois, des procédés déjà observés. Notamment, l’utilisation avantageuse de la première personne du singulier : « j’ai demandé la constitution ». Et la relativisation des faits en les rapportant à une échelle plus grande : « comme elles l’ont été dans des centaines d’entreprises ». Mais surtout, nous avons pris soin d’utiliser la voix passive chaque fois qu’il était question du management : « de nouvelles méthodes ont été déployées » ; « s’il devait être mis en cause » ; « il serait immédiatement réformé ». Il ne s’agit bien sûr que d’un tour de passe-passe syntaxique. C’est nous qui avons choisi de déployer ces nouvelles méthodes, nous qui serons contraints de les supprimer le cas échéant et, surtout, nous qui serons alors mis en cause. Mais, grammaticalement, cette responsabilité n’apparaît à aucun moment. La voix passive nous a permis d’effacer toutes nos traces de ces phrases radioactives. Dans l’immédiat, sur le plan du discours, nous sommes encore blanc comme neige.
5 - DES PROCÉDÉS IMPLICITES À L’INFLUENCE INCONSCIENTE
Choix des pronoms, utilisation de verbes impersonnels, déploiement de tournures passives : autant d’outils grammaticaux grâce auxquels il est possible d’agir sur l’allocation de la responsabilité. Pour les oratrices et les orateurs, un tel travail s’apparente, au fond, à un numéro d’équilibriste. D’un côté, parvenir à nous approprier les mérites sans paraître nous en vanter. De l’autre, réussir à rejeter les torts sans donner l’impression de nous en défausser. Revendiquer la gloire sans parader. Prendre une part de responsabilité sans se faire écraser. À cet égard, les outils grammaticaux présentent un intérêt majeur : ils sont disséminés tout au long du discours. C’est par petites touches qu’ils agissent. Jamais au grand jour, par revendication explicite, mais dans l’ombre, sur un plan implicite.