Le pouvoir rhétorique
3 - Le plan énumératif
DÉCRYPTAGE : Comme nous le constatons, il est parfaitement possible de structurer une même prise de parole en utilisant de nombreux plans logiques différents. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’ils soient tous pertinents, ici et maintenant. En l’occurrence, le plan chronologique serait sans doute plus approprié dans un contexte intellectuel ou académique que dans une optique de vente, où la profondeur temporelle n’apporte pas grand-chose. Le plan dialectique, quant à lui, n’est probablement pas le mieux adapté à la question que nous avions à traiter, dans la mesure où celle-ci demeure assez peu sujette à controverse. En revanche, les plans analytiques et thématiques semblent bien fonctionner dans le contexte d’une conférence où nous cherchons à vendre une prestation. En tant qu’oratrice ou orateur, si nous choisissons de nous tourner vers un plan logique, il ne suffira donc pas d’élaborer une structure solide et cohérente. Il faudra aussi nous assurer qu’elle soit adaptée à la situation dans laquelle nous nous trouvons.
3 - LE PLAN ÉNUMÉRATIF
Le deuxième type de plan est le plus simple de tous : il s’agit du plan énumératif – ou descriptif, comme on le lit parfois. Ici, nous n’allons plus nous soucier de bâtir progressivement, partie après partie, une pensée logique rigoureuse et méthodique. Au contraire, dans un souci d’efficacité, nous allons travailler par simple accumulation.
Le plan énumératif aura donc toujours la même structure. Après une accroche (exorde) visant à capter l’attention de l’auditoire, nous présentons immédiatement notre idée directrice, que nous assénons sans détour. Nous passons ensuite au corps de notre intervention : notre sélection des arguments les plus efficaces possibles, que nous accolons les uns aux autres, sans tergiversation. Pour chacun de ces arguments, nous essayons de trouver une formule percutante, qui les condense, ainsi qu’un exemple marquant, qui les illustre. Enfin, en guise de conclusion, nous répétons tout simplement notre idée directrice : éclairée par le travail argumentatif que nous venons de produire, elle devrait en apparaître d’autant plus convaincante.
En apparence, ce type de structure peut sembler se rapprocher du plan thématique, où les parties se succèdent sans linéarité. Il s’agit toutefois de deux organisations radicalement différentes. Dans le plan thématique, nous nous efforçons de diviser méthodiquement l’intervention en plusieurs parties qui, ensemble, couvrent notre sujet dans toute sa complexité. Au contraire, dans le plan énumératif, nous utilisons une structure très simple, où les arguments n’ont besoin d’être ni totalement exhaustifs, ni particulièrement articulés, ni même soigneusement ordonnés.
C’est pourtant de cette simplicité que provient toute la force du plan énumératif. L’élégance y est sacrifiée sur l’autel de l’efficacité. Nos auditeurs sont immédiatement exposés à notre proposition forte, nous permettant de capter derechef leur attention. La clarté de notre plan le rend facile à suivre, nous garantissant que personne ne s’égare en chemin. La conclusion rappelle l’objet du discours, nous assurant que notre message soit bien intégré. Il s’agit ainsi d’une structure adaptée aux contextes dans lesquels nous devons marquer les esprits en un temps très court. Par ailleurs, le plan énumératif a ceci de commode qu’il suffit de quelques minutes, quelques secondes même, pour le griffonner sur un coin de papier. Il est donc un outil précieux dans les circonstances où il nous faut prendre la parole au débotté. Enfin, le plan énumératif a pour avantage d’être très flexible, au point de pouvoir être modifié en cours de route. En cela, c’est une solution appropriée si nous ne savons pas à l’avance quels seront le cadre et la durée de notre prise de parole. Nous n’aurons, le cas échéant, qu’à retrancher ou rajouter un argument pour raccourcir ou rallonger notre intervention. Prises de parole en réunion, présentations au format « pitch », vidéos ou textes diffusés sur les réseaux sociaux : voilà donc quelques-unes des nombreuses situations dans lesquelles cette structure s’illustre tout particulièrement.
Bien sûr, le plan énumératif rencontre également d’importantes limites. Son organisation rudimentaire en fait un outil mal adapté aux sujets complexes, qui nécessitent une argumentation fine et structurée. Il risque également d’être peu approprié dans les situations où nous devons déployer une intervention longue. Passé l’efficacité des premières minutes, nous courons le risque de sombrer progressivement dans la monotonie d’un discours dévitalisé, sans relief ni âme ; là où, au contraire, un plan plus complexe aurait permis de conserver l’attention.
É o TUDE DE CAS (SUITE), OPTION N 5 : Si je ne dispose que de quelques minutes pour mon intervention, sans doute ai-je intérêt à adopter un plan énumératif. Mon introduction pourra alors ressembler à cela : « C’est dur de prendre la parole, n’est-ce pas ? Saviez-vous qu’il y a de nombreuses personnes pour qui la peur de parler en public est plus intense que la peur de la mort ? Et pourtant, cela n’est pas une fatalité. Aujourd’hui, j’aimerais vous montrer que tout le monde peut devenir une bonne oratrice ou un bon orateur ! C’est même très simple : il vous suffit d’apprendre à maîtriser quelques grands principes, que je vais brièvement vous présenter. Premièrement… » J’énumère ensuite mes conseils les uns après les autres, en les enrichissant chaque fois d’une formule forte et d’un exemple mémorable. Mon argumentation comporte cinq points, mais je sais que, si le présentateur me fait signe de m’arrêter avant la fin, ce ne sera pas un drame. Même incomplète, mon intervention resterait efficace. En conclusion, je me contente de reprendre l’idée directrice : « Vous le voyez, ces conseils sont très simples. Avec de l’entraînement, tout le monde peut les maîtriser. Chacune et chacun d’entre vous, ici, peut apprendre à parler en public. Il suffit de vous en donner les moyens ! »