Le pouvoir rhétorique
I - Cadrer son propos
le convaincre ou pour le vaincre, sera traitée plus loin 2.
I - Cadrer son propos
Dans le chapitre précédent, nous avons surtout envisagé la question de la sélection des arguments, en nous demandant quels étaient ceux qu’il était opportun de mobiliser face à un auditoire donné. Cette étape était essentielle, mais elle laisse encore dans l’ombre plusieurs questions très concrètes auxquelles, en tant qu’oratrices ou orateurs, nous aurons à faire face lors de la préparation de notre intervention. Comment formuler notre idée directrice ? Combien d’arguments allons-nous choisir de déployer ? À quelles qualités devons-nous donner la priorité : la clarté, l’élégance, la concision, l’exhaustivité ? Autant d’interrogations dont dépendent, en partie, nos chances de succès.
1 - IDENTIFIER L’IDÉE DIRECTRICE
La recherche de la conviction peut prendre bien des formes. Des plus concises aux plus longues. Des plus formelles aux plus relâchées. Des plus libres aux plus codifiées. Toutes, néanmoins, ont une chose en commun : elles sont guidées par une idée directrice. Une ligne de force, un fil rouge qui va traverser l’intervention et venir cristalliser, en seulement quelques mots, la position défendue. C’est cette idée directrice que nous devons avoir à l’esprit, gravée en lettres incandescentes, lorsque nous prenons la plume ou la parole.
Très concrètement, cela implique que nous devrions être capables de formaliser notre position en une seule et unique phrase. Une phrase pour exprimer ce dont nous voulons convaincre. Une phrase pour condenser notre pensée. Ainsi, et pour paraphraser le poète Nicolas Boileau, en rhétorique, ce qui se conçoit bien… doit tenir dans l’espace qui sépare la majuscule du point.
Cette question est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît. En nous contraignant à ramasser ainsi toute notre argumentation, nous nous forçons à aller au cœur de l’essentiel. À laisser de côté les détails, les précisions, les nuances qui, certes, ont leur importance, mais ne devraient jamais nous faire oublier le plus crucial : l’impact que nous cherchons à avoir sur notre auditoire. En gardant cette idée directrice à l’esprit, en nous forçant à l’avoir sous les yeux lorsque nous entreprenons de structurer notre argumentation, certains dilemmes délicats se trancheront d’eux-mêmes. Quels passages allons-nous développer, ou au contraire résumer ? Quels exemples devons-nous conserver, ou au contraire supprimer ? Que nous faut-il dire en conclusion ? En introduction ? Autant d’interrogations dont les réponses découlent, directement ou indirectement, de notre idée directrice. En ayant pris le temps de la formaliser, nous gagnons déjà, consciemment ou non, en force de conviction.
ÉTUDE DE CAS : Expert en éloquence, je m’apprête à prendre la parole lors d’une journée de conférence. En face de moi, se trouvent des chefs d’entreprise, des directeurs des ressources humaines, des responsables politiques, syndicaux et associatifs. Mon objectif est très clair : inciter les auditeurs à suivre une formation en prise de parole. Ou, pour être plus précis : à suivre ma formation en prise de parole. Au moment de préparer mon intervention, les idées se bousculent dans mon esprit. J’aimerais donner quelques conseils pratiques ; parler de l’exemple de Martin Luther King ; montrer l’importance de la parole au quotidien ; évoquer mon histoire personnelle ; aborder l’importance du corps et de la voix… Alors que je commence à me noyer dans ces réflexions, une phrase s’impose alors comme une évidence : « Tout le monde peut devenir un bon orateur ou une bonne oratrice : il suffit d’apprendre à respecter quelques conseils simples. » Voilà ce dont j’ai vraiment envie de convaincre. Munie de cette ligne directrice, l’organisation de mon propos m’apparaît soudain plus clairement…