Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 154 sur 164

Pages du PDF

Le pouvoir rhétorique

V - Le débordement

DÉCRYPTAGE : Terrible et odieux stratagème que le hareng rouge ! Lorsqu’il est couronné de succès, il nous permettra de voler une victoire qui était acquise à notre adversaire. Prenons garde, cependant : comme nous venons de le voir, il peut être aisément retourné contre nous. C’est notamment le cas pour sa version la plus agressive : si elle échoue à entraîner la dislocation du débat dans la fureur, c’est nous qui en ressortirons frappés d’indignation. L’auteur du plus célèbre manuel de débat, Arthur Schopenhauer, ne s’y était d’ailleurs pas trompé. Dans L’Art d’avoir toujours raison, il recommande de ne l’utiliser qu’en guise d’ultime procédé : « Lorsque l’on se rend compte que l’adversaire nous est supérieur et nous ôte toute raison, il faut [abandonner] le sujet de la dispute, que l’on a perdue, (…) pour attaquer la personne elle-même. On devient insultant,

malveillant, injurieux, vulgaire 12. »

 

V - Le débordement

 

Dans le cadre du débat contradictoire, les stratégies de débordement sont celles qui vont nous permettre non pas de marquer des points, mais bien de remporter la victoire. Pour cela, nous allons chercher à porter les seules blessures dont il est impossible de se remettre : celles qui affectent l’ethos de l’adversaire. Si nous parvenons à le discréditer aux yeux des auditeurs, c’est toute son argumentation qui en sera, instantanément, neutralisée. Soyons clairs : il s’agit de techniques très agressives. Il est néanmoins crucial de les connaître : si ce n’est pour en user, au moins pour ne pas s’y exposer.