Le pouvoir rhétorique

Clément Viktorovitch · Chapitre 29 sur 164

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Le pouvoir rhétorique

II - Élaborer une ligne argumentative

 

Nous savons désormais discerner les différents types d’arguments, tout en étant capable de distinguer, pour chacun d’eux, la rigueur de l’efficacité. Mais l’essentiel est encore devant nous : savoir élaborer une véritable ligne argumentative, c’est-à-dire un ensemble d’arguments articulés les uns aux autres en un système cohérent.

À cette fin, nous avons dégagé une méthode, qui se décline en trois étapes. Dans un premier temps, nous faisons l’inventaire de tous les arguments disponibles et déterminons leur degré de rigueur. Dans un deuxième temps, nous étudions notre auditoire, afin d’évaluer quels arguments présentent le plus haut degré d’efficacité face à lui. Dans un troisième temps, nous construisons une ligne ordonnée, en prenant en compte tout à la fois la rigueur des arguments, leur efficacité, ainsi que notre propre subjectivité.

 

1 - DÉTERMINER LA RIGUEUR

 

L’élaboration d’une ligne argumentative commence par un recensement. Nous notons scrupuleusement l’ensemble des arguments auxquels nous sommes en mesure de penser. Tout ce qui peut venir appuyer notre position est livré au répertoire. Lors de cette première étape, aucun tri ne doit intervenir. Nous ne nous limitons pas aux arguments que nous jugeons acceptables ou recevables. Au contraire, nous envisageons tous les possibles, tous les imaginables.

Cette première opération terminée, nous contemplons une longue liste d’arguments. Nous recherchons alors l’ensemble des objections que nos interlocuteurs seraient susceptibles de leur opposer. Puis, nous réfléchissons aux réponses que nous pourrions apporter à ces objections. Cela revient, de fait, à déterminer la rigueur de chacun de nos arguments. Enfin, nous prenons le temps de compléter ce travail en adoptant le point de vue de nos interlocuteurs, si nous en avons : nous listons les arguments à l’appui de leurs propres positions, ainsi que les objections que nous pourrons nous-mêmes leur opposer. Au terme de cette opération, nous disposons d’une représentation dynamique de la controverse. Sous nos yeux, s’entrecroisent et se répondent l’ensemble des arguments et contre-arguments qu’il nous est possible de concevoir. Il s’agit d’une véritable cartographie argumentative. Ou, pour parler comme Cicéron, d’un inventaire.