Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Débine.

«Mais l’emploi de la préposition de ne doit pas avoir lieu avant l’adjectif ou le participe, lorsque l’adjectif numéral cardinal est suivi du substantif avec lequel il est en rapport. Sur mille combattans, il y eut cent hommes tués. Cent hommes de tués serait une faute.»

 

«—Voltaire disait le deux de mars, le quatre de mai, et Racine le deux mars, le quatre mai. Sous le rapport de la correction grammaticale la première construction est certainement préférable, puisque deux et quatre sont là pour deuxième, quatrième, et que l’on dit toujours avec la préposition de, le deuxième jour de mai, le quatrième jour de juin. Ensuite les latins disaient avec le génitif primus februarii, secundus aprilis.

 

«Ainsi la grammaire et l’analogie sont pour le 2 de mars, le 4 de mai; mais si l’on consulte l’usage, qui, en fait de langage, est la règle de l’opinion, on dira le deux mars, le quatre mai. C’est ainsi que s’expriment presque toujours nos bons auteurs, et les personnes qui se piquent de parler purement, et qui évitent toute espèce d’affectation.» (Grammaire des grammaires.)

 

DÉBINE.

 

LOCUT. VIC. Cet homme est dans la débine.

LOCUT. CORR. Cet homme est dans l’indigence.

 

Débine appartient au patois de Paris, qui l’aura conquis probablement sur l’argot. Il est de si mauvais goût que toute personne qui a un peu d’usage ne s’en sert jamais, et que les dictionnaires les moins difficiles sur le choix des mots qu’ils recueillent, en ont instinctivement fait dédain.

 

Le principal tort du mot débine est de ne rien signifier de plus que d’autres mots que nous avons déjà, et ce tort-là est infiniment sérieux en grammaire.