Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Saigner.
LE MINISTRE DE LA GUERRE (à la tribune). «Le ministre ne peut, de son propre mouvement, former ou dissoudre une armée; l’armée est constituée par ordonnance du roi. Lorsqu’il a s’agi de former l’armée du Nord.....» (Rires aux extrémités.)
Une voix du centre. «Il n’y a pas là de quoi rire; on voit bien que M. le ministre veut dire: lorsqu’il s’est agi.»
Le ministre. «Dans ce cas, c’est le gouvernement qui est intervenu; de même lorsqu’il a s’agi...» (Nouveaux rires.)
Une voix à droite. «Ces explications ne sont point d’un bon français.» (Séance de la Ch. des Dép. du 25 fév. 1834. COURRIER FRANÇAIS du 26 fév. 1834.)
SAIGNER.
LOCUT. VIC. Quoi! pour une chiquenaude, vous saignez du
nez, ou au nez!
LOCUT. CORR. Quoi! pour une chiquenaude, vous saignez par
le nez!
MM. Noël et Chapsal disent, dans leur grammaire (21e édit.), que saigner au nez n’est pas français, et qu’on doit employer saigner du nez au propre comme au figuré.
Voici ce qu’on lit, à ce sujet, dans l’Examen critique des Dict. de la langue française, par M. Ch. Nodier:
«Saigner du nez signifie manquer de courage, de résolution.
«Saigner au nez se dit d’une blessure extérieure.
«Saigner par le nez d’une hémorrhagie, et ce serait mal parler que de s’exprimer autrement.»