Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Remémorier (Se).

LOCUT. VIC. Je leur ai remarqué qu’ils avaient tort.

LOCUT. CORR. Je leur ai fait remarquer qu’ils avaient tort.

 

«Remarquer, actif, n’a qu’un seul régime, l’accusatif. Quand on veut lui en donner un second, il faut se servir de faire remarquer. Je lui ai fait remarquer dans ces discours des défauts qu’il n’apercevait pas; et non pas, je lui ai remarqué, etc. M. Arnaud dit de Boileau, dans une de ses lettres, je lui remarquai que, etc.; et cela, à l’imitation des gens du barreau, qui disent dans leur factum: Je vous observerai, pour dire: Je vous ferai observer. Il faut dire: Je lui fis remarquer, etc.» (FÉRAUD, Dict. crit.)

 

REMÉMORIER (SE).

 

LOCUT. VIC. Je vais vous remémorier ce qui s’est passé.

LOCUT. CORR. Je vais vous remémorer ce qui s’est passé.

 

On dit remémorier dans quelques patois de l’est; en bon français, on dit remémorer.

 

REMETTRE.

 

LOCUT. VIC. Je ne vous remets pas, Madame.

LOCUT. CORR. Je ne vous reconnais pas, Madame.

 

Me remettez-vous? pour dire: me reconnaissez-vous? vous souvenez-vous de moi? est, selon l’Académie, d’accord sur ce point avec nos meilleurs grammairiens, une phrase vicieuse. On se remet quelque chose, mais non quelqu’un: Ne vous remettez-vous point son visage? Je ne saurais me remettre son nom. Comme il y a ellipse dans ces phrases, c’est comme si l’on disait: Ne vous remettez-vous point (en mémoire) son visage? Je ne saurais me remettre (en mémoire) son nom. Mais dans ces autres phrases: me remettez-vous? le remettez-vous? la construction pleine serait: me remettez-vous en mémoire? le remettez-vous en mémoire? et comme il y aurait ici équivoque, il s’ensuit que l’on doit éviter ces manières de parler qu’il est si facile d’ailleurs de remplacer par des équivalens.