Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Rentrer.

LOCUT. CORR. Ce cheval enforcit tous les jours.

 

«Les deux verbes renforcer et enforcir signifient l’un et l’autre rendre plus fort, devenir plus fort. La bonne nourriture a enforci ce cheval; on a renforcé l’armée. Comme on ne dit pas enforcer et renforcir, on ne doit pas dire non plus enforcé ni renforci. C’est donc parler mal de dire: Cet enfant est renforci, ces bas sont enforcés; au lieu de cet enfant est renforcé, ces bas sont renforcés ou enforcis. Enforcir, verbe actif, ne se dit point des personnes.» (LAVEAUX, Dictionnaire des diff.)

 

Renforcer est d’un usage beaucoup plus étendu qu’enforcir. Ce dernier verbe n’est même employé que dans fort peu de cas. On dit qu’on enforcit du vin, un mur; que la bonne nourriture a enforci un cheval, un âne, un chien, etc.; mais on ne peut pas dire qu’elle a enforci une personne.

 

RENTRER.

 

LOCUT. VIC. Il faut rentrer cette couture.

LOCUT. CORR. Il faut rentraire cette couture.

 

Rentraire, c’est coudre, joindre, raccommoder une étoffe, sans que la couture ou le travail paraisse. «Cela est si bien rentrait qu’on ne voit pas la rentraiture.» (Dict. de l’Acad.)

 

RENTRER.

 

LOCUT. VIC. Cela me rentre à 80 francs.

LOCUT. CORR. Cela me revient à 80 francs.

 

On trouve rentrer avec la signification de revenir, dans le Dictionnaire de l’Académie de 1802. Avant que de compter le profit, il faut que les frais rentrent, c’est-à-dire que l’argent avancé revienne. Remarquez bien que ce n’est pas le verbe revenir à (coûter) que l’on fait ici synonyme de rentrer. Il n’y a certainement pas un seul dictionnaire qui autorise cette synonymie, usitée dans le commerce, et non ailleurs.