Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Passager.

 

LOCUT. VIC. Cette rue est passagère.

LOCUT. CORR. Cette rue est fréquentée.

 

La gloire est passagère, les hirondelles sont passagères, parce que la gloire et les hirondelles passent et nous quittent. Mais en est-il de même d’une rue, d’une route? Non, certes; et l’on doit conséquemment se garder de dire: une rue passagère, une route passagère. Nos grammairiens modernes sont convenus de se servir de l’adjectif passant dans ce sens; quant à nous qui ne voyons pas quelle analogie il peut exister entre une rue passante et un individu passant, c’est-à-dire entre une chose inerte et un être mouvant, nous aimons mieux dire une rue fréquentée qu’une rue passante.

 

PASSER.

 

Il est passé trois fois par ici.

LOCUT. VIC. Il a passé en Prusse depuis l’année dernière.

 

Il a passé trois fois par ici.

LOCUT. CORR. Il est passé en Prusse depuis l’année dernière.

 

«A l’égard des verbes monter, descendre, entrer, sortir et passer, un grand nombre de grammairiens les conjuguent avec avoir, seulement quand ils ont un régime direct, et avec être, lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’un régime direct.

 

«Cependant, comme ces verbes sont susceptibles d’exprimer une action, lors même qu’ils n’ont pas de régime direct exprimé, ne devrait-on pas leur appliquer le principe général que nous avons invoqué pour les verbes périr, cesser, demeurer, etc., et, par conséquent, les conjuguer avec avoir, quand c’est l’action qu’on veut exprimer, qu’ils aient un régime direct ou non, et avec être, lorsque c’est l’état qu’il s’agit de peindre.» (GIRAULT-DUVIVIER, Gramm. des gramm.)