Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Unir Ensemble.
LOCUT. VIC. Unissez-vous ensemble contre eux.
LOCUT. CORR. Unissez-vous contre eux.
«Vaugelas, dans ses Remarques (160e) sur la langue française, trouve cette locution correcte, et cite à l’appui cette phrase tirée de la vie d’Auguste: Antoine et Lépidus s’étaient unis ensemble d’une façon assez étrange.
«Aujourd’hui l’usage a fait raison de cette remarque de Vaugelas; on dirait: Antoine et Lépidus s’étaient unis d’une façon assez étrange.
«Unir ensemble est une véritable périssologie, puisque le mot ensemble n’ajoute rien à l’idée exprimée par unir.» (M. CHAPSAL, Nouv. Dict. gramm.)
USAGE.
LOCUT. VIC. Cette étoffe est d’un bon usage.
LOCUT. CORR. Cette étoffe est d’un bon user.
«Usage pour user, substantif, est mis, par M. Desgrouais, au nombre des gasconismes.» (FÉRAUD, Dict. crit.)
C’est un si bon user qu’on n’en voit pas la fin.
(FURETIÈRE, Sat. 1.)
VA.
LOCUT. VIC. J’accepte ce que vous me proposez; cela me
va.
Comment ça va-t-il aujourd’hui?
J’accepte ce que vous me proposez; cela me
LOCUT. CORR. convient.
Comment vous portez-vous aujourd’hui?
Il ne faut qu’un peu de raisonnement pour voir combien sont défectueuses les expressions que nous signalons ici.—Elles appartiennent au langage familier, nous dira-t-on.—Eh! bon Dieu! tâchons donc de laisser de côté cette distinction de langage familier et de langage relevé. Avons-nous réellement aujourd’hui ces deux espèces de langage? N’en fait-on pas tous les jours et partout un continuel mélange? Le parleur le plus illettré ne manque jamais maintenant de placer dans le discours le plus prosaïque, et à côté des expressions les plus triviales, tous les mots les plus ronflans que peut lui fournir sa mémoire. Au tribunal de commerce, en demandant le paiement d’un effet, on évoque tout-à-coup l’élégant et poétique mot alors que; au théâtre, vous entendez dans une tragédie moderne, ou un drame, si vous voulez, l’humble mot guignon. Tous les rangs sont confondus parmi les mots comme parmi les hommes. Les mots bien nés courent les rues comme les mots roturiers, et ceux-ci même supplantent quelquefois les premiers. Voulez-vous, par exemple, savoir des nouvelles du charmant mot épouse? Allez en chercher au faubourg Saint-Marceau, et gardez-vous d’aller aux Tuileries; ce serait le froid et positif mot femme que vous y trouveriez à sa place. Souvenez-vous que le roi maintenant a une femme, le chiffonnier n’a qu’une épouse.
Il nous semble résulter de ce chaos que nous devons nous efforcer de nous faire un seul et unique langage, élégant, si nous le pouvons, et rationnel surtout; cela vaudra infiniment mieux que d’avoir une langue vulgaire et une langue sacrée; car, avec ces deux langues-là, nous ressemblons passablement à des gens qui s’affublent en même temps de beaux habits et de guenilles, et ces gens-là ne peuvent être, ne nous en déplaise, que des fous.