Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Erres.
«Depuis qu’on enseigne peu la langue latine en France, dit Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.), nous voyons souvent le mot erratum substitué au mot français errata, par des gazetiers et des imprimeurs qui veulent donner au public une idée magnifique de leur capacité. L’Académie française aurait dû prévoir cette ridicule innovation, et la condamner par un exemple.»
ERRES.
PRONONC. VIC. Voici les erres du marché.
PRONONC. CORR. Voici les arrhes du marché.
«Le peuple de Paris a changé arrhes en erres: des erres au coche; donnez-moi des erres. C’est une faute.»
Voltaire, à qui nous empruntons ce passage, a raison lorsqu’il dit que l’emploi du mot erres pour arrhes est une faute, mais il aurait dû ajouter maintenant; et surtout ne pas s’en prendre au peuple de Paris qui n’a rien changé ici, et qui, au contraire, se montre en cette circonstance, comme dans beaucoup d’autres, fidèle conservateur du langage de ses pères. Le mot erres pour arrhes se trouve dans nos vieux auteurs, dans le Trésor de Recherches de Borel, et dans le Dictionnaire de Trévoux, qui dit qu’on doit écrire et prononcer erres au propre, et arrhes seulement au figuré. Cette ridicule distinction a disparu; arrhes seul est resté.