Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Poison.
Quoiqu’on ait le choix entre poireau et porreau, nous croyons que ce dernier mot doit être préféré pour raison étymologique. On dit en latin porrus, et nous ferons encore remarquer que l’adjectif poracé (de couleur de porreau) serait bien plus rationnellement formé si l’on disait porreau. Pourquoi dédaignerait-on d’établir la bonne harmonie entre les mots?
POISON.
Lorsqu’on entend Jocrisse s’écrier: Ne bois pas cela, cadet, c’est de la poison, on croit que Jocrisse fait un barbarisme, et l’on a tort. Jocrisse fait seulement un archaïsme. On lit dans le roman de Perceforest: «Puis leur firent boire poisons qu’elle sceurent que bonnes leur estaient.» Et dans Ronsard:
Mon âme en vos yeux beut la poison amoureuse.
(Élégies.)
POMMIER.
LOCUT. VIC. Prêtez-moi votre pommier en fer-blanc.
LOCUT. CORR. Prêtez-moi votre cuit-pommes en fer-blanc.
Tous les dictionnaires donnent le mot pommier avec la signification qu’on lui voit ici; mais aucun d’eux n’a accueilli le mot cuit-pommes; et cependant n’est-ce pas une chose étrange que de voir charger le premier mot de deux idées dont l’une a son mot propre? Que peut-on reprocher au substantif cuit-pommes? N’est-il pas tout aussi régulièrement formé que les mots: serre-tête, passe-temps, essuie-mains, gobe-mouches? etc.
Nous pensons que l’adoption de ce mot dans la langue écrite ne peut souffrir la moindre difficulté; car elle offre le double avantage et d’enrichir notre langue d’un bon mot, et d’effacer l’équivoque à laquelle pourrait donner lieu l’emploi du substantif pommier, dans la signification bâtarde qu’on lui a si légèrement attribuée.