Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Jeu D’eau.

«Les noms de mois, précédés des noms de nombres cardinaux, s’emploient sans préposition: le trois janvier, le six mai, le quinze avril; mais avec des noms de nombres ordinaux, la préposition de doit les précéder: le troisième jour de janvier, le sixième de mai ou du mois de mai, etc. La première manière est plus du style familier; la seconde du style relevé.» (FÉRAUD, Dict. crit.)

 

On trouve dans J. J. Rousseau le quatorze de mars (Trad. de Tacite, liv. I), le treizième d’octobre (Trad. de l’Apocolokintosis), et enfin le treize octobre (Ibid.). Voilà des autorités pour tous les goûts, si des contradictions peuvent rien autoriser.

 

JEU D’EAU.

 

LOCUT. VIC. Ce jeu d’eau est très-beau.

LOCUT. CORR. Ce jet d’eau est très-beau.

 

Un jet d’eau est certainement un jeu; mais ce n’est pas ce qu’on a considéré dans la formation de ce mot; on n’y a vu que le jet de l’eau.

 

JEUNESSE.

 

LOCUT. VIC. Il a épousé une jeunesse.

LOCUT. CORR. Il a épousé une jeune personne.

 

L’extension de signification donnée au mot jeunesse, dans notre phrase d’exemple, ne méritait pas, selon nous, d’être accueillie dans un dictionnaire. Les éditeurs de celui de Rivarol ont pensé différemment. Il est certain que cette nouvelle acception peut donner lieu à des équivoques. Dans cette phrase: il avait chez lui une jeunesse que je n’avais jamais vue, comment saurez-vous s’il est question d’un certain nombre de jeunes gens ou seulement d’une jeune fille? Donnons le moins possible aux mots, dans l’intérêt de la clarté du langage, des sens détournés; et comme jeunesse en a déjà un dans sa valeur de jeunes gens, de grâce, tenons-nous-en là.