Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Guères.

 

LOCUT. ET ORTH. VIC. Il ne s’en faut de guères.

LOCUT. ET ORTH. CORR. Il ne s’en faut guère.

 

«M. de Balzac dit toujours il ne s’en faut de guères. Dans une de ses lettres à madame Desloges (Liv. 7. lett. 19): Votre lettre m’est si précieuse, Madame, qu’il ne s’en faut de guères, que je ne m’en fasse un collier ou un bracelet, etc. C’est un gasconisme. Il faut dire, pour parler français, il ne s’en faut guères. De guères, comme l’a fort bien observé l’auteur des Remarques, ne se dit que lorsqu’il est question d’une quantité comparée avec une autre: elle ne la passe de guères.»

(MÉNAGE, Observ. sur la lang. fr.)

 

Le s de guères étant inutile, nous pensons qu’il vaut mieux le supprimer, comme l’a fait l’Académie.

 

GUET-A-PENS.

 

ORTH. VIC. Il fut victime d’un guet-à-pens.

ORTH. CORR. Il fut victime d’un guet-apens.

 

Quoique certains auteurs, M. Chapsal entr’autres, (Dict. grammatical) aient cru devoir écrire à-pens en deux mots, il est hors de doute pour quiconque veut se donner la peine de feuilleter nos anciens auteurs, que cette orthographe n’est pas tolérable. Apenser, en vieux français, signifie réfléchir, méditer.

 

Liétart l’a véu, si s’apense De la promesse que li fist.

(Roman du Renard. V. 16422.)

 

Guet-apens est donc une abréviation de guet apensé c’est-à-dire guet médité.